Club Technologies et SI

Accessibilité du Web, peut mieux faire...

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Article publié le 1er juin 2012

Yann Goupil, Consultant Expert en accessibilité web a répondu aux questions du magazine "Entreprise, Diversité et Handicap".

La journaliste Nelly Scott nous autorise à publier l’interview sur notre site.

L’utilisation du web contribue à l’intégration dans la société, que ce soit pour se documenter, communiquer ou simplement se divertir. Dès lors, comment rendre Internet accessible à tous ?

Formidable vecteur d’intégration pour certains, le web peut aussi venir renforcer l’isolement dont est victime la population handicapée. Pourtant votée dans le cadre de la loi de 2005 sur l’égalité des chances, l’accessibilité des sites web aux personnes handicapées n’est toujours pas une réalité et ce près de 1 an après la date « butoir » du 14 mai 2011. Mc²i Groupe, cabinet de conseil en systèmes d’information, accompagne les acteurs publics et privés dans la mise en conformité de leurs sites en proposant une solution complète d’assistance à maîtrise d’ouvrage en amont d’un projet et jusqu’à sa mise en œuvre. Yann Goupil, consultant expert du cabinet, nous éclaire sur les progrès encore à faire.

Qui est concerné ?

C’est une évidence, l’accessibilité au web aux personnes handicapées est un enjeu sociétal pour le droit à l’information, un vecteur d’intégration et d’autonomie. Chercher des informations, consulter des annonces pour un emploi ou un logement, acheter des billets de train, télé-déclarer ses impôts, regarder le dernier clip de Madonna... sont autant d’actes de la vie courante auxquels on ne peut interdire l’accès à toute une partie de la population. Quand on aborde les problèmes de l’accessibilité au web pour les personnes handicapés, on pense d’abord aux malvoyants.

Mais Yann Goupil de mc²i Groupe nous rappelle la diversité des publics en question :

« Toutes les personnes étant en situation de handicap physique ou cognitif à plus ou moins haut degré peuvent être concernées. Quand on parle d’accessibilité, on ne privilégie pas plus un daltonien, qu’une personne hémiplégique ou un dyslexique… On essaie de considérer tout le monde au même niveau. Le web est universel, c’est même une de ses fondations ».

L’accessibilité au web vise tous les types de déficiences, qu’elles soient visuelles, auditives, motrices, cognitives ou liées à la parole. Un web accessible doit être conçu pour que ces personnes puissent percevoir, comprendre, naviguer et interagir de manière efficace avec le web, mais aussi pour contribuer au développement de l’information sur la Toile.

Ce que dit la loi

La loi de 2005 et plus particulièrement l’article 47 impose une mise en conformité avec le Référentiel général d’accessibilité des administrations (RGAA) pour tous les sites ou applications web de la sphère publique ; on entend par là : les services en ligne ouverts au grand public et aussi les applications internes dédiées aux agents publics. Or, elle n’est pas encore parfaitement appliquée et freine l’accès au Net de nombreux sites aux personnes handicapées. Pour l’expert chez mc²i Groupe, il reste beaucoup de chemin à faire.

« Les administrations liées à l’Etat avaient jusqu’au 14 mai 2011 pour respecter le RGAA et les collectivités locales avaient jusqu’au 14 mai 2012. Malheureusement, le bilan est tristement négatif. Les sites respectant au minimum ce référentiel sont trop peu nombreux. La raison principale réside dans le fait que la sensibilisation de base et la formation des différents acteurs (donneurs d’ordres et prestataires) demeurent très faibles. Le volet formation fait pourtant également partie du décret d’application de l’article 47. Une autre raison est qu’il n’y a aucune gouvernance sur le sujet au sein du ministère des Solidarités. En outre, il n’y a pas de réelles contraintes (amendes, mise en demeure...) en cas de non-conformité. Les choses bougeront peut-être lorsque de grosses associations liées au handicap attaqueront en justice les administrations pour non-respect de la loi ou discrimination envers ces publics ».

Gagnant-gagnant

Si les acteurs de la sphère publique font figure de mauvais élèves, il en va de même du côté du privé. Force est de constater que de nombreux sites de marques ou d’entreprises, même de grands groupes, ne sont pas encore accessibles malgré les avantages qu’elles en tireraient. « D’abord d’un point de vue éthique », souligne Yann Goupil.

« Une entreprise ouvre un service en ligne au public, pour quelles raisons devrait-elle laisser sur le bord de la route toute une frange de la population ? Tout le monde a conscience que les personnes handicapées sont injustement isolées de la société. Internet est un formidable vecteur d’intégration et d’ouverture au monde, comment un organisme, même privé, peut assumer le fait de dire « je ne fais aucun effort pour rendre mon site accessible à tous » ? Ensuite pour des raisons commerciales, comment une entreprise peut faire sciemment une croix sur 10, 15 ou 20% de clientèle potentielle ? ».

S’il n’existe pas d’aides publiques pour mettre en ligne en conformité, il faut que les donneurs d’ordres choisissent des prestataires compétents ou favorisent la formation de leurs équipes internes aux problématiques d’accessibilité.

« Il faut prendre en compte l’accessibilité tout au long de la vie des projets web : de la conception à la mise en ligne. Plus on tarde sur cette prise en compte et plus ça coûté cher (retours arrière, adaptations post-développements…). En termes de retour sur investissement, c’est très difficile à chiffrer. Par contre, le jour où un service en ligne, notamment de e-commerce, sera accessible, nul doute que le bouche-à-oreille fera son effet et augmentera le chiffre d’affaires de la société en question », explique l’expert.

Des solutions existent

Les logiciels de lecture d’écran et les claviers en braille sont loin d’être suffisants et le consultant prévient qu’il n’y a pas de solution miracle pour régler tous les problèmes.

« Comme je le disais précédemment, il faut préalablement une sensibilisation de base à chaque niveau de la chaîne de production web (concepteurs, graphistes, développeurs, chefs de projets, producteurs de contenus) ».

Les référentiels accessibilité en vigueur en France : le RGAA et Accessiweb ont identifié les profils concernés par chacun des critères de conformité, ainsi que les différents acteurs concernés peuvent se concentrer sur ce qui les concerne en premier lieu.

« On peut également utiliser les checklists Opquast (Open Quality Standards) portées par la société Temesis, qui recensent les bonnes pratiques consolidées par plus d’une centaine de professionnels du web », conseille Yann Goupil. « D’autre part, la société Atalan, en partenariat avec d’importantes entreprises françaises des secteurs bancaire, industriel ou des transports, va bientôt éditer des notices d’accessibilité adaptées à la gestion de projets web »
.

Autant de pistes à explorer pour les webmasters.

Principes de base

Le World Wide web Consortium définit 4 grands principes qu’un site ou qu’une application web accessible doit respecter :

  • être perceptible (aspect sensoriel) : proposer des équivalents textuels, des remplacements, contrastes, taille de caractères...
  • être utilisable (aspect ergonomique) : fonctionnalités accessibles au clavier, facilitation de navigation, temps suffisant pour lire et utiliser le contenu...
  • être compréhensible (aspect éditorial) : contenu lisible et compréhensible, assistance à la saisie, contexte cohérent et prévisible...
  • être robuste (aspect technique) : compatibilité matérielle et logicielle.

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