Assurance comportementale : Jusqu’où ira la numérisation dans l’assurance ?

Article paru le 29 juin 2016 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Transformation digitale Assurance

Les perspectives apportées par l’assurance comportementale

En France, les premières offres d’assurance comportementale ont vu le jour en 2014, avec les assurances auto-connectées, appelées aussi « Pay How You Drive ». A l’aide d’un boitier installé dans le véhicule, le comportement routier de l’assuré est analysé en temps réel. Les avantages sont nombreux pour les assureurs : prime d’assurance ajustée, baisse des sinistres, intervention facilité, et réduction des fraudes. Plus besoin de se baser uniquement sur du déclaratif, l’assureur peut à présent constater en temps réel. Les freins juridiques à ces offres ont été levés en janvier 2014, lorsque la CNIL a assoupli, par deux délibérations, ses règles concernant l’accès aux données personnelles des assurés.

Pour proposer ces nouvelles offres, les assureurs ont développé leurs propres dispositifs de collecte de données. La disparité de qualité des données récoltées par les applications mobiles ont poussé les assureurs vers une solution technologique embarquée dans le véhicule. Mais l’obligation légale, votée par l’UE, de connecter les véhicules à compter de mars 2018 va rapidement rendre ces boitiers obsolètes, et pousser les assureurs à s’allier avec les constructeurs pour récolter ces données.

Du côté de l’assurance habitation, des offres connectées existent déjà pour détecter et intervenir plus rapidement, mais le comportement de l’assuré n’est pas encore analysé. A terme, les capteurs situés au sein de nos maisons permettront de récolter de précieuses données sur les habitudes de l’assuré, et des risques qui en découlent. Les assurés se verront alors proposer des offres et un suivi plus personnalisés.

Dans le domaine de la santé, les objets connectés simplifient la récolte d’informations sur notre état de santé et notre mode de vie. Ils font désormais partis de notre quotidien, et couplés à des applications mobiles, nous permettent de visualiser, analyser et partager ces données. Ces nouveaux usages, plus communément appelés « quantified self », ouvrent de nouvelles perspectives aux assureurs. A l’image du « pay how you drive », les assureurs, préparent des offres où les assurés bénéficient de baisses de cotisation à condition de suivre quotidiennement leur état de santé, et d’adopter un comportement prudent défini par l’assureur. En Allemagne, Generali a lancé en 2016 l’offre « Vitality ». Elle récompense les clients qui effectuent des achats dans les supermarchés bios, des visites préventives chez le médecin et des activités sportives. La France et l’Autriche sont les prochaines cibles de l’assureur.

De nombreux challenges encore à venir

Le coût d’acquisition (et d’installation pour l’habitation) des objets connectés reste encore un frein important dans le développement de ces offres. De plus, il est encore difficile de mesurer l’impact de ces dispositifs sur les sinistres. Mais le principal frein est la fiabilité des données collectées.

L’objectif actuellement est de rassurer les assurés sur l’utilisation qui est faite de leurs données personnelles. Bien conscients des risques de cybersécurité, ils souhaitent avoir des garanties, particulièrement sur les données de santé, beaucoup plus sensibles. L’enjeu est de créer la confiance avec les assurés en protégeant leurs données personnelles, tout en étant en conformité avec la réglementation.

L’un des principaux facteurs clés de succès pour les assureurs sera maintenant de réussir à faire évoluer leur organisation et leurs systèmes d’information pour s’adapter à ces nouvelles offres. Le second challenge va être de faire face à une concurrence accrue menant à une décroissance de ce marché en valeur. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), armés de leurs données, sont potentiellement capables de vendre eux aussi, demain, des contrats d’assurance ultra-adaptés aux besoins des clients. Les assureurs vont devoir enrichir ces offres afin de se différencier (services additionnels, vente des informations comportementales à des tiers).

Porter le risque, c’est le métier des assureurs. Mais la révolution numérique du secteur risque de rebattre les cartes du marché de l’assurance, et personne ne peut en assurer l’issue.

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