Blockchain, quels bénéfices pour les assureurs ?

Article paru le 13 mars 2018 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Assurance Blockchain Tribune

Apparue en 2008 avec le Bitcoin dont elle est l’architecture sous-jacente, la Blockchain est souvent réduite à son usage dans les crypto-monnaies. Elle nourrit pourtant de vraies réflexions dans des secteurs autres que celui du paiement. Parmi ces secteurs, le monde de l’assurance est sans doute l’un de ceux qui pourraient le plus bénéficier de cette innovation.

La principale particularité de la blockchain est de fonctionner sans organe central de contrôle. Grâce à elle, des informations sont stockées et échangées de pair à pair, de façon décentralisée et désintermédiée. Ces échanges d’informations entre des utilisateurs qui ne se connaissent pas est rendu possible par un système de cryptographie asymétrique : une clef publique, connue de tous, permet d’envoyer à un tiers des données cryptées ; une clef privée, tenue secrète, permet de récupérer ces données.

Le développement des smarts contracts

De nombreuses possibilités d’utilisation de cette technologie existent pour les assureurs. La plus prometteuse concerne les smarts contracts. Ces « contrats intelligents » sont des programmes autonomes qui exécutent automatiquement, via la blockchain, des actions prédéfinies par les parties prenantes.

La blockchain étant « aveugle » au monde extérieur, un tiers de confiance - « l’Oracle » - est chargé d’entrer manuellement, lorsque cela est nécessaire, une donnée extérieure dans la blockchain ; le smart contract lira la donnée et agira en conséquence. Ce mécanisme laisse envisager de nombreux cas d’usage : en cas de retard de train, de catastrophe naturelle, l’indemnisation devient automatique, pouvant s’appuyer même sur des données rapportées par des objets connectés. Les processus de gestion s’en trouvent transformés, radicalement allégés.

De nouveaux marchés et bénéfices

Avec les smarts contracts, des assurances peer-to-peer peuvent se développer à grande échelle. L’assurance indicielle est également souvent citée comme modèle d’assurance profitant du développement des smarts contracts : ce type d’assurance est lié à des indices tels que la température, ou la pluviométrie ; un certain nombre de jours de sécheresse ou de pluie peut déclencher l’indemnisation d’un agriculteur, sans l’intervention d’un expert. Enfin, l’automatisation d’échanges complexes d’informations pourrait radicalement simplifier certains mécanismes de réassurance.

En automatisant l’exécution de certains contrats, assurés et assureurs s’émancipent de tâches rébarbatives et chronophages. Une automatisation des tâches sans valeur ajoutée qui s’accompagne d’une baisse des coûts importantes dans la gestion des dossiers, tout en améliorant l’expérience client, la blockchain permettant de réduire considérablement les temps d’attente pour le déclenchement des indemnisations.

La blockchain pourrait également ouvrir de nouveaux marchés, par le développement de nouvelles offres d’assurances sur des secteurs géographiques émergents, tel que l’Afrique, où le taux de pénétration de l’Assurance reste encore faible. En Europe, la conquête de nouveaux marchés passe notamment par la personnalisation et l’enrichissement des services déjà proposés. La simplification des démarches de souscription, de recueil d’informations et d’indemnisation facilite à la fois l’arrivée de nouveaux clients et l’enrichissement des gammes de produits proposés aux populations les plus favorisées.

Risques et défis technologiques

Plusieurs points de difficulté sont néanmoins à anticiper pour les assureurs afin de profiter au maximum des possibilités offertes par la blockchain. L’arrivée des AssurTech, nouveaux acteurs ayant saisi les opportunités induites par la blockchain, pourrait radicalement transformer le secteur. En Europe, la tendance est à la multiplication des partenariats entre les acteurs traditionnels du secteur et les startups. Ces partenariats permettent aux plus gros acteurs de gagner en compétitivité, tandis que le marché devient de plus en plus dynamique et compétitif.

Des questions de gouvernance et d’ordre juridique se posent également. Comment appréhender l’utilisation de cette technologie en l’absence de règles spécifiques ? Comment garantir la sécurité des données privées ? Bien que la sécurité des échanges de données soit souvent présentée comme l’un des grands atouts de la blockchain, le développement de cyberattaques n’est pas à exclure. Par ailleurs, un des principaux risques de cette technologie est que l’insertion d’une information fausse ou falsifiée dans la chaîne de données compromette les droits de l’assuré. Enfin, des limites techniques rendent difficiles le développement de la blockchain à grande échelle : cette technologie nécessite de très grandes puissances de calcul.

Le développement de la technologie blockchain représente un véritable défi organisationnel et technique pour les assureurs. Elle offre aux principaux acteurs du secteur de vraies opportunités, tout en leur imposant de revoir leur modèle, de réorganiser leurs processus et de redéfinir leur offre.

Tribune de Karen Desmars et Nicolas Bertrand, consultants au sein de mc2i Groupe.

Lire la tribune sur le site : L’Argus de l’assurance

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