Entre DPI unique et portails d’interopérabilité, quelle stratégie gagnante pour le partage de l’information médicale ?

Article paru le 29 mai 2018 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Newsletter Santé

Régulièrement rappelé comme un prérequis indispensable à tous les projets médico-soignants, le partage de l’information médicale n’est pas encore une évidence parmi les structures et les professionnels de santé. Pourtant la réforme des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) et le développement des approches « plateforme » à l’échelle régionale annoncent des avancées encourageantes. Quelles stratégies sont envisagées et quels sont les projets actuellement mis en œuvre ?

De nouvelles organisations orientées parcours

A l’heure de la transformation numérique de notre système de santé, les outils de partage de l’information médicale sont au centre d’une dynamique portée tant par les initiatives des professionnels que par les établissements de santé ou les autorités nationales et régionales. Ils permettent de répondre aux besoins de nouvelles organisations de la prise en charge des patients, orientées parcours :

  • Parcours de soins pour le suivi de la prise en charge depuis la consultation de premier recours jusqu’aux autres lieux de soins. Ils sont notamment mis en place dans le cadre des filières des projets médico-soignants des GHT ;
  • Parcours de santé pour le suivi des patients atteints de pathologies chroniques, intégrant des actions de prévention, d’accompagnement médico-social, de maintien ou de retour à domicile,... Ils sont notamment mis en place dans le cadre des programmes PAERPA, TSN, ou par les réseaux de santé.

Dans tous les cas ces nouvelles organisations nécessitent de considérer le patient dans une dimension globale en matière de lieux de prise en charge (hôpital, ville, domicile) et de champ considéré (sanitaire, médico-social, social). Les acteurs souhaitent structurer ces parcours et les appuyer sur des outils numériques capables d’intégrer tous les professionnels en contact avec le patient.

Or en 2018, ces outils constituent à la fois l’un des premiers freins et l’un des leviers majeurs de cette mue. En effet chaque structure ou professionnel est équipé de ses propres outils sans que l’échange des informations produites soit toujours assuré. Plus que le partage de l’information, c’est également sa présentation dans une forme cohérente et intelligible par chaque catégorie de professionnels qui est un enjeu.

Quels niveaux de coordination pour outiller les parcours ?

La politique nationale de santé numérique, annoncée le 13 février 2018, intègre clairement cette priorité à la coordination avec l’objectif d’améliorer la qualité des soins des patients et le quotidien des professionnels de santé. Les programmes Hop’en et e-parcours reprennent chacun cette thématique :

  • Hop’en prend la suite d’Hôpital Numérique en intégrant un nouveau prérequis « échange et partage », ainsi qu’un nouveau domaine fonctionnel « communication et échanges entre partenaires ». Il permettra d’appuyer les projets des GHT sur ces thématiques ;
  • e-parcours prend la suite des expérimentations Territoire de Soins Numériques et vise à faciliter les échanges directs entre professionnels par l’intermédiaire de Services Numériques régionaux d’Appui à la Coordination (SNAC). Ils sont portés par les Agences Régionales de Santé.

En parallèle, le secteur hospitalier a débuté une mue organisationnelle qui doit s’appuyer sur la convergence du Système d’Information dans les GHT. A l’échelle de ces groupements s’ouvre donc une réelle opportunité de partager dans un outil commun l’information médicale des patients.

Au niveau régional, plusieurs ARS, y compris en dehors de TSN, ont développé des services numériques de type SNAC, même s’ils ne sont pas toujours développés à l’échelle régionale. Ils permettent cependant de poser les bases de prises en charge territoriales des parcours à travers une plateforme régionale unique. L’enjeu à présent est celui de leur généralisation à toutes les organisations prenant en charge des parcours et dans toutes les régions.

Des problématiques communes entre GHT et région

Que ce soit dans les GHT ou à l’échelle régionale, ce partage nécessite un important effort d’urbanisation des SI et d’organisation de leur interopérabilité. Dans les deux cas de nombreux services numériques doivent être mis en œuvre :

  • Des référentiels : identité des patients, annuaire des professionnels et des structures ;
  • Des fonctionnalités partagées : gestion de parcours, entrepôt de données, agendas partagés, portail professionnel, portail patient... ;
  • Des services socles : authentification, hébergement, sécurité, traçabilité, interopérabilité avec les SI partenaires...

Dans ce contexte la convergence des feuilles de route e-santé des ARS avec celles des GHT devrait être une priorité dans toutes les régions. Ne pourrait-on pas s’appuyer systématiquement sur une offre régionale pour ces services numériques, plutôt que chaque GHT les développe localement ? C’est précisément le scénario que s’apprêtent à choisir certains GHT.

Deux grands scénarios de convergence dans les GHT

Selon les termes du décret GHT, chaque groupement doit définir une brique applicative ou technique « identique » pour chaque fonctionnalité. Faire converger le dossier patient des GHT constitue souvent la première brique, la plus stratégique pour permettre le partage de l’information médicale entre professionnels et répondre aux objectifs du projet médicosoignant partagé. Pour répondre à cet enjeu, deux grandes catégories de scénarios de convergence sont envisagés par les GHT en fonction de leur contexte (taille, nombre et concentration géographique des établissements, historique de coopération…) :

  • Convergence autour d’un Dossier Patient Informatisé identique puis unique. Ce sont des projets ambitieux qui nécessiteront plusieurs années de mise en œuvre et d’accompagnement des professionnels. Le DPI peut éventuellement comporter une alternative pour un champ spécifique (par exemple la psychiatrie) ou pour une taille d’établissement (par exemple les hôpitaux de proximité) ;
  • Convergence autour d’une Plateforme Territoriale d’Interopérabilité. C’est un outil qui agrège les données produites par les différents établissements sur un portail accessible à tous les professionnels faisant partie de l’équipe de soins du patient, quel que soit le système d’information source. Il est privilégié dans des contextes de forte hétérogénéité du SI.

C’est ce dernier scénario qui ouvre la voie à une convergence de l’approche régionale que souhaitent développer les ARS à travers leur plateforme régionale unique, et de l’approche locale des GHT qui souhaitent mutualiser un outil de prise en charge de leurs filières.

Construire cette plateforme d’interopérabilité à l’échelle régionale, permettra à tous les GHT d’une région de disposer du même socle de services numériques et du même outil de coordination. Sans pour autant remettre en question la convergence applicative de long terme entre les établissements du GHT. Certes il ne s’agit pas d’une approche de convergence totale, cependant il serait incompréhensible de fermer la porte à ces initiatives quand elles sont soutenues par les acteurs de terrain.

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