L’enjeu de la recharge des voitures électriques

Article paru le 26 février 2019 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Énergie

Une conjoncture propice au développement de la voiture électrique

Le projet de Loi d’Orientation sur les Mobilités (LOM) met l’accent sur le développement des mobilités propres et fixe d’ambitieux objectifs concernant la transition écologique des véhicules.

Dans le cadre de l’Accord de Paris (2015) transposé à l’échelle nationale par le Plan Climat (2017), le projet de loi s’engage en faveur de plusieurs mesures incitatives afin de permettre le déploiement accru de bornes de recharge électrique. Ces incitations visent à faciliter l’adhésion des français à la mobilité électrique et se fixent l’ambition de multiplier par cinq la vente de voitures électriques en France d’ici 2022

Aujourd’hui, les technologies de recharge se différencient selon le temps de recharge nécessaire et la puissance de soutirage associée :

La recharge à domicile qui s’étend sur plusieurs heures et délivre une puissance allant jusqu’à 10 kW
La recharge dite rapide par le biais de réseaux de bornes tel que Izivia qui permettent une recharge entre 30 minutes et 1 heure grâce à une puissance atteignant les 50 kW
La recharge dite ultra-rapide – en cours de déploiement au niveau européen grâce à des projets tels que MEGA-E – qui a pour objectif de permettre une recharge de son véhicule électrique en 10 minutes grâce à une puissance atteignant les 350 kW
Pour déterminer les enjeux de l’adhésion à cette mobilité nouvelle, l’Observatoire Cetelem a mené une enquête révélant que le prix d’achat, l’insuffisance d’autonomie de la batterie et le temps de recharge seraient les freins majeurs à l’acquisition d’une voiture électrique en France. L’adhésion du consommateur français ne se ferait qu’à la condition d’un renforcement important du nombre de bornes de recharge publique et d’une durée de recharge inférieure à 45 minutes (« condition d’achat nécessaire » pour 70% des sondés).

L’écosystème de la recharge électrique

Pour répondre à cet enjeu, plusieurs rôles ont émergé dans le but d’accompagner le développement d’un parc de bornes de recharge en phase avec les ambitions du marché :

  • Les Opérateurs de Recharge (Charging Point Operator – CPO) qui détiennent les réseaux de bornes et assurent les opérations de mise en place de nouvelles bornes ainsi que la maintenance.
  • Les Opérateurs de Mobilité (Electric Mobility Service Provider – eMSP) qui connectent les utilisateurs de voitures électriques aux bornes de recharge via divers services : localisation des bornes à proximité, réservation de bornes ou encore commercialisation de cartes d’accès et de paiement.
  • Les Plateformes d’Interopérabilité qui ont pour objectif de connecter les deux précédents acteurs en permettant d’une part aux opérateurs de recharge de gagner en visibilité et d’assurer la rentabilité de leurs installations et d’autre part, d’enrichir les offres de services des opérateurs de mobilité.
  • Les Fournisseurs de Services Informatiques (IT Service Provider – ITSP) qui offrent des services spécifiques au marché de la mobilité électrique allant de l’exploitation du service de recharge à la gestion des services utilisateurs pour accompagner les opérateurs de recharge et de mobilité.

A travers l’objectif commun de développer l’accessibilité du service de recharge aux conducteurs, chaque rôle contribue à l’essor du marché de la mobilité électrique. Progressivement, les consommateurs deviendront également des acteurs clés de cet écosystème grâce à la technologie « Vehicle to Grid », permettant d’utiliser la batterie d’un véhicule électrique comme une unité de stockage d’électricité capable d’alimenter le réseau. Prérequis à l’autoconsommation collective – partage de production d’électricité entre producteurs et consommateurs – la technologie « Vehicle to Grid » permettrait au consommateur grâce au mécanisme de capacité et à la rémunération des effacements de devenir une solution de flexibilité aux problèmes de saturation du réseau électrique.

Les différents usages des bornes de recharge

Bien qu’utilisé principalement pour des trajets quotidiens et de courtes distances, la voiture électrique doit, pour être envisagée comme une solution viable à long-terme, répondre à l’ensemble des besoins du consommateur. Indissociables au développement du marché, les bornes de recharge répondent aujourd’hui à des usages différents :

Un usage privé réalisé par l’installation de bornes en habitation – individuelle ou collective – acquises par les particuliers, les bailleurs sociaux, ou encore les syndics. Une nouvelle forme d’utilisation « privée » est l’usage professionnel : les entreprises justifiant d’un fort besoin de mobilité sur des trajets de courtes distances mettent désormais à disposition des véhicules et bornes de recharges uniquement accessibles aux salariés.
Un usage public destiné à l’ensemble des utilisateurs de véhicules électriques permettant d’inclure ceux qui ne bénéficient pas de bornes à usage privé. Ces bornes sont mises à disposition sur la voirie ou installées sur des espaces privés tels que les parkings de bâtiments commerciaux. Les bornes à usage public sont également mises en place le long des autoroutes afin de permettre une mobilité longue-distance.
En ville, le dispositif de recharges permet aujourd’hui une utilisation quotidienne. En raison du temps de recharge nécessaire et du manque d’autonomie des véhicules, la problématique actuelle concerne le besoin des utilisateurs de véhicules souhaitant réaliser des trajets de longue distance. Par la mise à disposition de davantage de bornes de recharge ainsi que l’amélioration de la technologie – avec la transition d’un parc de bornes rapides (50kW) vers des bornes ultra-rapides (350kW) – le marché se prépare bel et bien à cet enjeu.

La conquête du marché

En investissant massivement dans les nouveaux métiers de la mobilité électrique, constructeurs automobiles, énergéticiens et pétroliers amorcent un changement de stratégie pour s’implanter dans cet environnement jeune et déjà ultra-concurrentiel.

Les « supermajors » du pétrole tels que Total – via le rachat du réseau de bornes G2mobility (10 000 bornes) – et Shell – grâce au rachat du réseau européen de bornes NewMotion (11 000 bornes) et la mise en place d’une offre de carte de recharge B2B – démontrent leur volonté d’emprunter le virage de l’électrique pour se diversifier.

Les énergéticiens EDF et Engie – respectivement au travers de leurs filiales Izivia (anciennement Sodetrel) et Engie Ineo – disposent d’un réseau de bornes de recharge équipant la plupart des grands axes autoroutiers français et proposent des offres de fourniture conçues pour recharger son véhicule à moindre coût la nuit.

Unifiés par la coentreprise Ionity, les constructeurs automobiles Audi, BMW, Daimler, Ford, Mercedes, Porsche et Volkswagen travaillent aujourd’hui sur le développement d’un réseau de bornes de recharge ultra-rapide en Europe. Renault – acteur moteur de la mobilité électrique en France – collabore désormais avec les énergéticiens EDF, Enel et Total sur le développement de services aux utilisateurs tels que la mise en place d’offres d’électricité verte ou encore l’optimisation de l’autoconsommation.

Pour permettre un écosystème intelligent et remplacer la mobilité thermique par la mobilité électrique, les acteurs traditionnels se réinventent : le potentiel prometteur du marché de la mobilité électrique a ainsi pour effet positif d’accélérer les initiatives et les partenariats stratégiques entre les différents acteurs de la filière.

Conclusion

En plein essor, le marché de la voiture électrique est à l’aube de son potentiel et suscite l’intérêt de nombreux acteurs. Qu’ils se positionnent comme opérateurs de recharge ou de mobilité, les énergéticiens et constructeurs automobiles se livrent bataille pour devenir les futurs principaux acteurs de ce marché. Intégrée au véhicule et cadrée par la norme ISO15118, l’acquisition de la donnée client sera un enjeu majeur dans la prise de position sur le marché de la voiture électrique.

A l’image des projections de l’acteur RTE (Réseau de Transport d’Electricité) qui estime le nombre de voitures électriques à l’horizon 2035 entre 5,5 et 15,6 millions sur le marché français : l’avenir de cette tendance et la part de voitures électriques dans le marché automobile est incertain.

Le développement d’un réseau de bornes de recharge vaste, interopérable et disposant d’une technologie « ultra-rapide » s’avère alors être une condition sine qua none à l’adoption par le grand public des voitures électriques. Par ailleurs, un levier de ce marché réside également dans la technologie « Vehicule to Grid » – atout majeur à la fois pour les consommateurs et les gestionnaires de réseau – qui ouvrira de nouvelles perspectives à la transition énergétique grâce à l’autoconsommation collective.

Soutenu par un contexte politico-économique favorable et la volonté de l’ensemble des acteurs de répondre à l’enjeu de recharge, la voiture électrique pourra-t-elle devenir la mobilité de demain ?

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