L’utilisation des bots par les médias : un potentiel encore peu exploité

Article paru le 9 février 2018 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Médias

Quelle utilisation par les médias français ?

Si 2016 était attendue comme l’année de l’avènement des chatbots, ceux-ci sont encore à un stade expérimental. En France, seulement une poignée de médias ont franchi le pas, comme 20 Minutes, Metronews, France Info ou L’Express, qui ont lancé leur chatbot sur Messenger. Ceux-ci permettent pour l’instant aux lecteurs de recevoir des sélections personnalisées d’articles et de poser des questions sur un sujet d’actualité. Lancé en 2016, le bot de 20 Minutes envoie aujourd’hui 80 000 pushs et traite 4 000 questions d’utilisateurs chaque jour. Le quotidien souhaite à présent passer à la vitesse supérieure en se dotant d’une plateforme pour industrialiser la publication de bots éditoriaux et en développant les capacités de machine learning pour personnaliser les réponses apportées aux lecteurs.

Quelles opportunités pour les médias ?

Si un bot peut difficilement remplacer le travail d’un journaliste, il peut en tout cas améliorer son quotidien en le libérant de tâches chronophages et à faible valeur ajoutée. Un bot peut être assigné à la veille ou à la rédaction d’articles avec peu de fond afin que le journaliste puisse se consacrer à des reportages. La rédaction automatisée de brèves sont aussi très utiles pour le référencement d’un site d’information, en traitant de nombreuses données en un temps record et en publiant beaucoup d’articles rapidement.

Par ailleurs, à une époque où les lecteurs sont de plus en plus passifs dans leur façon de consommer de l’information, les chatbots représentent une nouvelle opportunité de distribution et de personnalisation de l’information : le lecteur peut choisir les sujets qui l’intéressent, recevoir des contenus en fonction de sa localisation, donner son feedback sur l’information reçue, paramétrer la fréquence et l’heure des messages reçus etc. Il n’a pas besoin d’utiliser un langage particulier, il peut s’exprimer comme dans une conversation entre amis et ainsi avoir le sentiment de dialoguer avec une marque média.

Enfin, les bots récupèrent un grand nombre de données sur les sites médias (commentaires d’articles, fréquences de publication, mots revenant souvent, etc.) qui intéressent des spécialistes de réputation en ligne et d’intelligence économique … des données dont les éditeurs doivent reprendre le contrôle et valoriser.

Alors pourquoi tant de réticences ?

Les chatbots sont certes moins coûteux pour les éditeurs et plus rapides à mettre en place qu’une application ou un site web. Toutefois la compréhension du langage humain, la capacité à engager une conversation naturelle et la fine personnalisation des contenus poussés représentent les investissements technologiques les plus lourds. Si les bots peuvent apprendre par eux-mêmes en s’enrichissant des données qu’ils mémorisent, à l’heure actuelle ils restent incapables d’évaluer la pertinence de leurs réponses. De façon plus générale, les bots posent problème concernant l’éthique et la sécurité de l’analyse de mégadonnées.

L’enjeu est réel pour les médias qui veulent fidéliser leurs audiences en développant de nouveaux services, le plus puissant d’entre eux étant la personnalisation forte de l’information. Pour accélérer le développement des bots dans le domaine de l’information, cela nécessitera cependant un accord tripartite entre les médias, les détenteurs de données comme Facebook, Amazon ou Google, et enfin les lecteurs.

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