La finance verte, le nouveau défi !

Article paru le 28 juin 2017 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Banque, Finance, Assurances

Suite au G7 Environnement et l’annonce des Etats Unis de se retirer de l’Accord de Paris, six des sept pays ont réaffirmé leur engagement pour contenir le réchauffement de la planète d’ici à 2100, accompagnés par le monde des affaires et de la finance. L’enjeu essentiel pour les entreprises est alors de transformer leur mode de fonctionnement en réduisant leurs investissements dans les énergies fossiles et en augmentant ceux dans les énergies renouvelables ainsi que dans l’efficacité énergétique.

Dès lors, se pose la question du financement de ces projets et initiatives.
C’est là qu’interviennent, entre autres, les financements privés comme les obligations vertes ou « green bonds » qui ont pour but de lever des fonds afin de financer ces projets respectueux de l’environnement.

Green bonds, la tendance émergente

La finance verte ou « green finance » est aujourd’hui un vrai défi pour les pays et les entreprises.
La croissance verte signifie, d’une part, réussir à soutenir une croissance économique tout en réduisant les émissions de pollution, de gaz à effet de serre ainsi que de déchets et, d’autre part, améliorer l’utilisation des ressources naturelles. La croissance verte nécessite donc des investissements à long terme et un financement durable.

Jusqu’alors, les budgets publics étaient la principale source de financement. Cependant, ces derniers sont aujourd’hui insuffisants et les investissements privés à grande échelle semblent nécessaires pour assurer la transition vers une économie plus verte.
Depuis quelques années, les entreprises se sont donc lancées dans l’émission de « green bonds », titres de dettes exclusivement destinés à financer des projets favorisant un impact positif sur l’environnement.
Offrant des caractéristiques financières équivalentes aux obligations traditionnelles, ces derniers ont rencontré un franc succès auprès des investisseurs ce qui a favorisé la croissance rapide du marché. Les investisseurs voient non seulement une occasion de contribuer à la stratégie environnementale mais également l’opportunité :

  1. de crédibiliser leur communication de stratégie de développement durable vis-à-vis du marché,
  2. de tenir des objectifs chiffrés d’investissement,
  3. de diversifier l’intégration ESG,
  4. d’optimiser le ratio risque/rendement à terme
  5. ou encore de réduire l’exposition des portefeuilles au risque climat, très élevé pour certains secteurs.

En 2017, environ 125 Md$ d’obligations vertes pourraient circuler sur le marché contre 95 Md$ en 2016 selon les estimations Bloomberg New Energy Finance.

La France, un pays précurseur

En se classant en tête des émetteurs de Green bonds et d’obligations sociales et durables avec plus de 13 Md$ d’obligations vertes émises en 2017, la place de Paris ne cache pas son ambition de devenir la capitale mondiale de la finance verte et durable.

Ces bons résultats en termes d’émission de green bonds s’expliquent par l’émission le 24 janvier dernier d’un méga Green bonds de 7 milliards d’euros avec une maturité de 22 ans par l’Etat français ainsi que par une collaboration de longue date entre les acteurs privés et les pouvoirs publics français. La France a renforcé ses cadres de politique intérieure pour catalyser et mobiliser le financement privé en faveur de la croissance verte, notamment avec le lancement par Paris EUROPLACE de l’initiative « Finance for tomorrow » début juin 2017, mobilisant et fédérant les acteurs de la Place de Paris.

Aujourd’hui, la France est le seul pays au monde à obliger tous ses investisseurs institutionnels à mesurer et à publier l’empreinte carbone de leurs portefeuilles grâce à l’article 173 de la loi sur la transition énergétique. Cela permet, à travers un reporting renforcé, d’avoir une meilleure connaissance des enjeux et donc un système financier allant de plus en plus dans le sens du développement durable.

Une mobilisation croissante de la Place de Paris

Parmi les entreprises qui ont su prendre des engagements dans le développement de la finance verte, on peut citer la Société Générale ou encore le Crédit Agricole qui ont annoncé en début d’année ne plus financer de projets de construction ou d’extension de centrales à charbon. Une décision également prise par Total, qui a déclaré vouloir abandonner le charbon pour privilégier le gaz, qui émet deux fois moins de CO2.
La Caisse des Dépôts a également lancé le 22 février dernier un Green bond de 500 M€ d’une maturité de 5 ans avec l’objectif de financer la transition énergétique, la dépollution de sites et l’immobilier (écoconstruction ou réhabilitation) en s’engageant à communiquer chaque année la liste exhaustive des projets alloués répondant aux critères d’éligibilité prédéfinis.
Enfin, SNCF Réseau a innové en annonçant son intention de solliciter les investisseurs tous les ans et de mettre en place des mesures pour mesurer la réduction effective des émissions de CO2.

Un chemin encore long malgré des progrès

Si les émissions de « green bonds » se sont envolées cette année, il n’en demeure pas moins que la croissance du marché reste encore insuffisante. Pour le moment, la finance verte reste anecdotique avec moins de 1% des obligations émises au niveau mondial.

Le marché reste trop restreint pour les investisseurs. Près de la moitié des nouvelles émissions de green bonds sont des émissions chinoises réservées aux investisseurs locaux. En outre, certains green bonds sont tout simplement de taille trop réduite pour être accessibles aux grands fonds. La plupart des encours émane de banques multilatérales et d’agences gouvernementales et non d’entreprises industrielles. Le choix pour les investisseurs est donc plus réduit.

Autre problème : la qualité des projets. Avec la forte demande des investisseurs, les fonds sur la thématique « verte » se multiplient. Or, force est de constater que la qualité des projets financés par ces green bonds n’est pas toujours au rendez-vous. Certains green bonds des compagnies Unilever ou d’Iberdrola ont d’ailleurs été retirés de l’indice obligataire Green Bonds Barclays MSCI suite à la remise en cause de la légitimité de leurs projets.

Cela relance le débat sur l’implication réelle des gouvernements et des entreprises dans le monde, qui, malgré leurs dires, peuvent rester laxistes sur les mesures en matière d’économie verte.

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