Le « Shadow Banking » : La menace fantôme ?

Article paru le 31 octobre 2016 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Banque, Finance, Assurances

Le développement de la « finance de l’ombre » reste un phénomène méconnu et ce, malgré les nombreux rapports officiels (FMI, CSF), les articles économiques et les études universitaires à son sujet. Pour autant, connaitre ses causes, ses formes et ses conséquences constitue une condition nécessaire à la mise en place d’une réglementation pertinente.

La petite histoire du Shadow Banking

Durant les années 1980, alors que le contexte politique (principalement, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne) ouvre la voie à une libéralisation débridée du secteur bancaire, les acteurs des marchés financiers des principales puissances monétaires occidentales inventent de nouvelles techniques de financement en utilisant les nouveaux instruments à leur disposition : titrisation, emprunt de titres… L’utilisation de ces nouvelles méthodes d’ingénierie financière entraîne alors l’émergence d’un véritable système bancaire parallèle.

L’utilisation de ces mécanismes et instruments est aujourd’hui appelé « Shadow Banking » (finance de l’ombre ou finance fantôme). Son opacité, sa place prépondérante dans notre économie actuelle, la complexité qui le caractérise et son fonctionnement en dehors du cadre législatif bancaire traditionnel en font à la fois un outil bienvenu dans un contexte réglementaire restrictif et une menace économique bien réelle, qui s’est déjà concrétisée durant la crise financière de 2007-2008.

Qu’est-ce que le Shadow Banking ?

Le Comité de Stabilité Financière (CSF, ou Financial Stability Board, FSB), qui réunit les acteurs financiers internationaux des pays du G20, définit le Shadow Banking comme « le système d’intermédiation du crédit impliquant des entités et des activités se trouvant potentiellement à l’extérieur du système bancaire ». Le terme désigne donc l’ensemble des activités non bancaires qui joue un rôle de financement de l’économie, et qui se trouve en dehors du modèle classique « Banque / Emprunteur » du fait de leur structure complexe et des échanges de produits financiers entre organismes non bancaires ou de l’implication d’acteurs extérieurs dans le processus de financement.

Comment fonctionne le Shadow Banking ?

L’un des mécanismes principaux utilisé par les banques classiques pour réaliser des opérations de financement hors-bilan est appelé « titrisation ». Cette technique financière consiste à créer des titres financiers à partir de créances client. Lorsqu’une banque contracte un prêt avec un client, cela se matérialise par un échange de flux financiers : la banque verse un flux principal (le capital) en échange duquel le client promet de verser des échéances futures dont les caractéristiques sont déterminées contractuellement. Cet ensemble de flux versés par le client constitue une « créance ». Dans le cadre d’une titrisation, cette créance est cédée à une société d’investissement. La société ayant racheté la créance crée ensuite des titres financiers : il s’agit d’objets similaires à une créance, mais dont les modalités sont plus flexibles. Ces titres sont ensuite cédés sur des marchés financiers à des investisseurs. La société d’investissement est donc un intermédiaire qui permet de faire correspondre le besoin de financement à long terme d’un emprunteur et le besoin de rentabilité du capital d’un investisseur, dont la disponibilité est variable.

La transaction permet par ailleurs à la banque de faire disparaitre la créance de son bilan, et de transférer tout ou partie du risque à la société d’investissement, tandis que les fonds touchés lors de la cession lui permettent de contracter des prêts avec de nouveaux clients.

Le CSF estime aujourd’hui l’encours des activités de Shadow Banking à environ 75 milliards de dollars, soit plus de la moitié des actifs bancaires mondiaux.

Risques et réglementation

L’opacité du système, en partie dûe à l’intermédiation [1] et au fait que ces activités de financement ne trouve plus leurs ressources auprès des banques centrales, mais auprès des marché financiers, génère un certain nombre de risques bien identifiés des différents acteurs qui se sont tous réalisés successivement lors de la crise des subprimes  : risque de crédit (défaut), risque de rendement (parallèle du risque de taux sur les produits non-monétaires), risque de liquidité (disponibilité des actifs), de transfert (risque de livraison des actifs / flux monétaire liés à une situation géopolitique particulière).

Afin d’éviter, à nouveau, la réalisation de ces risques, le FSB a émis en 2011 et en 2013 des ensembles de recommandations adressées à ses pays membres. Ces recommandations ont deux objectifs principaux : acquérir de la visibilité sur les activités de shadow banking (monitoring) et réguler ces activités afin de réduire la propagation systémique du risque (regulating). Ainsi, le FSB publie annuellement un rapport de monitoring du secteur, et a chargé le comité de Bâle de se pencher sur des ensembles de mesures qui permettraient un meilleur contrôle. Par ailleurs, le FMI s’intéresse également à la problématique du shadow banking, et notamment de l’impact de la croissance de ce type d’activité sur la stabilité du secteur bancaire.

Pour finir…

Bien que sa pratique débridée ait pu causer des torts aux banques, et incidemment à l’économie entière, le shadow banking reste un outil indispensable au financement de notre économie. L’Union des Marchés de Capitaux (UMC), un ensemble d’initiatives adopté par la Commission Européenne en septembre 2015, repose largement sur des méthodes de financement appartenant à la « finance de l’ombre ». L’objectif de ces mesures : faciliter l’accès des entreprises aux marchés de capitaux, tout en rendant le processus de titrisation simple et transparent. En cas de succès, les banques d’investissement verront leur marché accroître, peut-être au détriment des banques traditionnelles.

Notes

[1Intermédiation : le fait d’ajouter un intermédiaire dans le cadre d’une transaction financière. Dans le cas qui nous préoccupe : Un emprunteur emprunte une somme à une banque, qui ne possède pas de ressource pour le financer. Elle va donc émettre des titres financiers qu’elle va vendre à des investisseurs. En échange, elle leur remettra le produit généré par l’emprunteur. Dans ce système, la banque sert d’intermédiaire entre la source réelle des fonds empruntés (investisseur sur un marché financier) et l’emprunteur. Il n’y a pas de lien direct entre l’emprunteur et l’investisseur.

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