Les médias et le RGPD : opportunité ou menace ?

Article paru le 27 avril 2018 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Médias RGPD

Contexte

Le règlement général de l’union européenne sur la protection des données (ou RGPD), qui entrera en vigueur à compter du 25 mai 2018, a pour objectif de redonner aux citoyens un véritable contrôle de leurs données personnelles. Ce nouveau règlement entraînera un profond bouleversement en matière de collecte et de traitement des données par les entreprises.

Les médias et les télécoms sont particulièrement concernés par le RGPD car ils tirent une grande partie de leur revenu des données clients.
La data est devenue la principale préoccupation des annonceurs publicitaires, permettant d’avoir un retour sur investissement et d’adresser un message à une audience qualifiée, au bon moment et au meilleur coût. Il est toutefois important de noter que toute publicité ciblée demeure encore interdite en France sur la télévision linéaire, même si le ministère de la culture a lancé récemment une consultation sur ce thème.
En revanche, elle reste autorisée sur tous les supports web (plateforme direct et replay), et l’arrivée de la TV connectée devrait favoriser la diffusion de la publicité qualifiée sur des données utilisateurs. Les groupes TF1 et M6 ont déjà entrepris des phases tests grâce à leur programme de télévision de rattrapage. France Télévisions s’est également lancé dans la publicité adressée avec Google pour les jeux olympiques d’hiver et a prévu un nouveau test lors de Rolland Garros.
Pour en savoir plus, consultez notre article dédié sur le sujet de la publicité adressée.

Le groupe Altice (propriétaire de SFR et de NextRadioTV notamment) a défini dans sa stratégie, la publicité comme troisième pilier de son développement grâce à ses pôles télécoms et médias, et a pour intention de valoriser les données de consommation de ses clients, au sein de sa régie, qui commercialise les espaces publicitaires de ses médias. Ainsi, pour l’ensemble de ces raisons la question est de savoir si l’entrée en vigueur du RGPD constitue une menace ou une réelle opportunité pour les médias de revoir leur business model.

Une gestion des données à caractère personnelle pointée du doigt

L’exemple récent de l’Express (groupe Altice), qui a laissé échapper près de 700 000 données à caractère personnel de ses lecteurs suite à une défaillance de sa base de données, montre bien qu’une bonne partie des médias n’est pas du tout préparée à l’arrivée du RGPD en mai prochain. L’Express a pour sa part justifié cette perte de données par « une intrusion illégale dans l’un de ses serveurs », précisant que les données en questions correspondaient au site communauté.express.fr, désormais obsolète. Rappelons que la législation française exige que toutes les données pour un service cessant d’exister soient supprimées ou entièrement anonymisées. Le RGPD aura donc un grand impact sur les organisations en termes de « redevabilité des traitements », c’est-à-dire l’obligation de mettre en œuvre des mesures internes sur le respect de la protection des données. En cas de non-respect, les entreprises traitant des données à caractère personnel encourent d’importantes sanctions financières pouvant atteindre jusqu’à 4% de leur CA annuel, ou 20 millions d’euros.

Le cas de France Télévisions érigé en modèle ?

France Télévisions connaîtra une année 2018 délicate avec la suppression actée de l’aide spéciale qui devait compenser les baisses des recettes publicitaires. Le groupe fait cependant figure d’exemple en matière de collecte et de gestion des données personnelles de ses utilisateurs. France Télévisions va au delà du RGPD puisque le groupe a entrepris depuis 2014, une démarche « data friendly » pour permettre aux clients de supprimer leurs comptes et leurs données à tout moment. La charte « data friendly » est par ailleurs consultable sur le site http://www.francetelevisions.fr/confidentialite. La direction numérique du groupe travaille actuellement sur :

  • La cartographie des traitements des données et l’affichage du module de gestion des données
  • La prochaine nomination d’un DPO (obligatoire par le RGPD)
  • La refonte contractuelle des sous-traitants et la documentation des données et flux.

Ces deux exemples mettent en évidence l’enjeu stratégique que représente le RGPD en termes de protection des données personnelles, afin d’instaurer ou de restaurer un climat de confiance entre les utilisateurs et les médias. Les entreprises concernées et notamment les médias ont la possibilité de se faire aider dans leur démarche de mise en conformité par des cabinets de conseil spécialisés sur les volets organisationnels et métiers.

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