Mariage Orange / Bouygues Telecom : les enjeux d’un retour à trois opérateurs

Article paru le 18 mars 2016 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Médias

La consolidation du secteur des télécommunications, annoncée par l’agence de notation américaine Moody’s fin 2015 semblerait être sur le point de se concrétiser en France.

Après l’échec du rachat de Bouygues Telecom par Numéricâble-SFR en juin dernier, c’est Orange qui serait finalement en passe de racheter la filiale télécoms de Bouygues. Les deux acteurs ont officiellement annoncé début janvier, être en discussion pour cette cession.

Si ce rachat a bien lieu, la France connaîtrait un retour à trois opérateurs, à l’instar de ses voisins allemands.
Ce rapprochement suscite des interrogations, notamment au niveau des impacts en termes de prix, de concurrence et d’investissement.

Quels impacts pour la concurrence ?

Dû aux fortes problématiques que soulève ce retour à trois opérateurs l’autorité de la concurrence (ARCEP), dont l’objectif est de maintenir un environnement dynamique, surveille de très près ce potentiel bouleversement du secteur des télécoms français.

L’Arcep s’intéresse également à la question, et son président, Sébastien Soriano a indiqué mi-janvier établir des « lignes rouges » à ne pas dépasser dans le cadre d’un rachat de Bouygues Telecom par Orange. Ce dernier reste en effet attentif aux conséquences d’une telle opération pour la concurrence, notamment quant à la position déjà dominante d’Orange (avec 40% de parts de marché dans le fixe et mobile). L’opérateur historique passerait avec le rachat de Bouygues Telecom, à une part cumulée de 49,5% dans le haut et le très haut débit fixe et de 54,3% dans le mobile (MVNO compris).

Le président de l’Arcep s’intéressera tout particulièrement aux marchés dans lesquels la concurrence reste limitée (zones rurale et entreprises clientes).
Enfin, il a fait part de ses inquiétudes concernant les acquis des consommateurs, qui ne devront pas être remis en question par un retour à trois opérateurs.

Des investissements favorisés par la fin de la guerre des prix

L’ouverture du marché, grâce à l’arrivée de Free, avait provoqué une véritable guerre des prix au bénéfice des consommateurs. Il est donc légitime de se demander dans quels sens vont évoluer les tarifs des offres télécoms si le marché vient à se restreindre.

Selon une étude de Frontier Economics, la baisse des tarifs depuis 2012 ne serait pas seulement due au passage à quatre opérateurs, mais également aux performances techniques des réseaux (débit multiplié par 1.000 ces dix dernières années) et donc à l’effondrement des coûts de transmission.

Interrogé sur ce point, Stéphane Richard, PDG d’Orange, a déclaré que la baisse des prix ces dernières années était un "acquis irréversible" pour les consommateurs français. Cela n’empêche pas les associations de consommateurs, comme l’UFC-Que choisir de s’inquiéter et de lever des alertes sur ce point.

Selon une étude menée en 2015 par AT Kearney, le réseau est l’un des critères principaux dans le choix d’un opérateur (15000 personnes interrogées). La qualité du réseau relève de la capacité des acteurs télécoms à investir dans les nouvelles technologies. Le secteur des télécoms étant en constante évolution, ces investissements sont importants et nécessitent une adaptation constante de la part des acteurs. L’autorité de la concurrence devrait veiller à faire en sorte qu’un retour à trois opérateurs mettrait fin à la guerre des prix qui sévit depuis ces dernières années et favoriserait ces investissements via des économies d’échelles, et donc le déploiement du très haut débit (4 G et fibre).

Cependant, les avis divergent. Un analyste du journal La Tribune interrogé sur ce sujet, a affirmé à propos de Free que le groupe n’avait pas besoin d’un retour à trois opérateurs pour investir plus : « Compte tenu de sa génération de cash dans le fixe et de son bilan sain, Free peut en l’état d’ores et déjà accélérer les investissements dans la fibre... ». Selon ce même analyste, le rapprochement avec Bouygues Telecom n’inciterait pas non plus Orange à investir plus dans la fibre.

Si un passage à trois opérateurs pourrait effectivement favoriser les investissements dans les infrastructures réseaux, les acteurs concernés devront, quelle que soit l’issue des négociations entre Orange et Bouygues Télécom, favoriser l’accès au très haut débit auprès des consommateurs.

Cette mesure est tout d’abord favorisée par le gouvernement, avec le plan « France très haut débit », lancé en 2013 et dont l’objectif est le déploiement du très haut débit sur l’ensemble du territoire d’ici à 2022, mais aussi par l’Arcep, qui a augmenté fin 2015 les prix d’accès au réseau cuivre d’Orange afin d’inciter les opérateurs à investir d’avantage dans la fibre.

L’Etat impliqué dans la négociation

Qu’en est-il de l’avis des politiques sur le mariage de ces deux opérateurs ? L’Etat français, premier actionnaire de l’opérateur historique Orange, avec 23% des parts, aura un droit de regard important sur cette opération commerciale.

A l’époque du rachat envisagé de Bouygues Telecom par SFR-Numéricâble, le Premier ministre Manuel Valls, et le ministre de l’Économie Emmanuel Macron, n’avaient pas semblés être favorables à un retour à trois opérateurs. Cependant, il semblerait aujourd’hui que l’évolution de la situation ait amené Emmanuel Macron à se raviser et à accepter l’étude de cette potentielle évolution du secteur. Ce discours s’expliquerait, selon les analystes, par le scénario idéal que représenterait un mariage entre le groupe de Stéphane Richard et celui de Martin Bouygues pour l’État.

A ce sujet, Vincent Maulay, analyste chez Oddo Securities, déclarait récemment que cela permettrait à la fois au gouvernement de protéger l’emploi chez Bouygues Telecom (9000 postes concernés environ), et à Free de récupérer le réseau de ce dernier, et donc de poursuivre son développement.

Si les discussions pour le rachat de Bouygues Telecom par Orange sont bien entamées, cela ne signifie pas que le mariage aura bien lieu. En effet, Stéphane Richard, a déclaré mi-janvier que rien n’était encore conclu et que le rapprochement pourrait échouer pour des raisons de concurrence dû à la complexité du projet, dossier traité par l’autorité française de la concurrence.

Quels enjeux dans le domaine des systèmes d’information ?

Si nous connaissions effectivement un retour à trois opérateurs, l’enjeu serait de taille pour les systèmes d’informations des entreprises du secteur.

Les acteurs concernés pourraient en effet se reconcentrer sur leur cœur de métier, puisque la pression diminuerait au niveau de la concurrence.

Cette stratégie s’observe déjà avec les nouveaux services sur lesquels les opérateurs commencent à miser actuellement, avec notamment la banque, les villes intelligentes (smart cities), ou encore la santé.

Orange illustre cette tendance en créant sa filiale « Orange banque » en partenariat avec Groupama. Cette nouvelle entité aboutira à une banque 100% mobile dont le lancement est programmé pour début 2017.

L’impact au niveau des ressources humaines de la nouvelle entité fusionnée sera aussi à prendre en considération. En effet la baisse des effectifs et la suppression des emplois « doublons » auraient un impact important sur l’organisation et ses outils SIRH.

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