Marketplaces bancaires : qui sera le "Amazon de la Banque" ?

Article paru le 12 mars 2018 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Innovation Banque, Finance Open Data

Le modèle économique dit "de plateforme" consiste à mettre en relation des producteurs de contenus ou de services avec leur cible. A ce titre, Uber ou Youtube sont des plateformes. L’intérêt de ce modèle se situe tant au niveau de la réduction des coûts et des investissements qu’en termes de réactivité aux de besoins des clients et de complétude de l’offre. Amazon, par exemple, peut proposer un catalogue très riche de références aux meilleurs prix et délai grâce aux fournisseurs affiliés à sa marketplace.
La nouvelle réglementation européenne DSP2, en obligeant les établissements bancaires à ouvrir leurs données aux fintechs via des API, amènera les acteurs de ce secteur à évoluer vers une "plateformisation" de leurs modèles économiques. Dans ce schéma, la banque deviendrait une sorte de "place de marché" ou de "appstore bancaire" proposant une gamme de services incluant ses propres produits financiers ainsi que ceux d’autres entreprises de l’écosystème. Le groupe ING a par exemple déclaré en octobre 2016 qu’il souhaitait devenir le "Spotify de la Banque" [1].

Une opportunité pour les établissements bancaires

Ce nouveau modèle permettra aux banques de s’associer aux fintechs les plus pointues dans leur domaine (crowdfunding, crypto-monnaies, moyens de paiement innovants, courtage, etc.) afin de proposer le meilleur service possible au client, faisant ainsi de concurrents potentiels des partenaires dans une logique d’open-banking et de coopération.
Par ailleurs, la facturation de l’accès au SI de la banque et surtout, aux données des clients, pourra constituer une source significative de revenus. Ainsi, l’avènement de la norme DSP2 ne doit pas être considéré par les banques uniquement comme une obligation de conformité réglementaire mais bien pris en compte comme une transformation et une opportunité business.

Des enjeux stratégiques à analyser

Dans leur évolution vers ce modèle, appelé aussi « Banking as a service » ou BaaS, deux approches se présentent aux établissements bancaires historiques :

  • Modèle de plateforme "ouverte" : la banque ouvre ses API à toute tierce partie intéressée dont les fintechs, les concurrents directs et les développeurs indépendants, afin qu’ils puissent utiliser ses données pour créer leurs propres solutions.
  • Modèle de plateforme "sélective" : Il n’y a pas d’API publiées, la banque sélectionne les fintechs avec lesquelles elle souhaite travailler (en prenant également une participation au capital le cas échéant) et c’est elle qui offre le service et maintient ainsi la relation avec le client.

Les banques ne sont pas des e-commerçants comme les autres, elles traitent des informations personnelles très sensibles et doivent garantir la confiance totale des clients dans leur marque. Il est donc probable que les banques s’orienteront vers la seconde option, au moins dans un premier temps.

Des initiatives lancées

En France, la fintech Linxo a lancé Linxo Market, qui s’appuie sur le connecteur Linxo Connect. Grâce à cette solution, les utilisateurs peuvent s’abonner directement à des services tiers comme Birdy Cent (qui permet de constituer des cagnottes en arrondissant ses dépenses) ou Grisbee (qui permet de bénéficier d’un coaching financier personnalisé).

Au niveau des établissements bancaires, les néo-banques seront certainement pionnières dans l’adoption de ce modèle car ça leur permettrait de compléter mutuellement leurs offres.

Une mise en œuvre réussie de cette mutation permettrait à l’ensemble des parties prenantes d’en tirer avantage. En effet, les établissements bancaires amélioreront et compléteront leurs offres, les fintechs pourront toucher une clientèle plus large et les clients auront accès à davantage de services et au meilleur rapport qualité / prix.

Enfin, on peut s’attendre à ce que les services proposés par ces marketplaces aillent au-delà des services financiers, au sens strict, car les banques détiennent une mine de données sur leurs clients (comportement d’achats, centres d’intérêts, etc.) qui pourront être analysées et exploitées.

[1] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/ing-veut-devenir-le-spotify-de-la-banque-604435.html

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