Médias – Télécoms : le sulfureux duo !

Article paru le 14 mai 2018 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Médias Services mobiles

Tout commence par un Madison

La première danse a été donnée dès les années 90 par le magnat industriel français, Bouygues.

Huit ans après avoir acquis la première et plus ancienne chaîne de télévision généraliste nationale française, TF1, privatisée en 87, le groupe obtient l’autorisation d’exploiter à son tour un réseau public GSM en France métropolitaine, 4 ans après ses concurrents : Bouygues Télécoms est lancé sur le marché et devient le 3ème opérateur historique.

Une valse à deux temps

Quelques années plus tard, en 2014, le groupe multicanal Altice, déjà actionnaire depuis 2007 de plusieurs médias tels que Groupe MCS TV, entre dans la danse en devenant actionnaire principal de SFR, cédé par le groupe Vivendi. Un an plus tard, Altice renforce sa présence dans les médias en achetant des parts du groupe NextRadioTV, maison mère de chaines TNT telles que BFMTV, Numéro 23 et RMC.

Lorsque les télécoms se cantonnaient aux réseaux de téléphonie fixe et mobile, les chemins des deux secteurs ne se croisaient pas et l’entente restait simple et cordiale.

Néanmoins, depuis l’arrivée de nos chères box internet et de leur décodeur TV, permettant l’accès aux contenus audiovisuels, le rythme a changé : les opérateurs proposent de nouveaux services à leurs consommateurs, mais avec quels avantages pour les diffuseurs de la TNT ?

Du slow au Rock’N’Roll

En 2016, TF1 et M6 ont entrepris de revoir leurs contrats avec les FAI (Fournisseurs d’Accès à Internet) : les médias sont soumis à des droits de diffusion, pourquoi les distributeurs pourraient en profiter gratuitement ?

Après près d’un an de dures négociations, Bouygues Télécoms et SFR ont su trouver un accord financier avec TF1, en échange de l’enrichissement de leur gamme de services audiovisuels, notamment par l’accès prolongé au replay au-delà des 7 jours habituels. En revanche, l’issue en a été toute autre avec Orange, premier opérateur historique, et Canal +.

Les négociations n’ayant pas abouti au 31 janvier 2018, le conflit prend de l’ampleur suite à la mise en assignation d’Orange par TF1, le 1er février, pour faire cesser la diffusion de ses chaînes via ce FAI.

Alors que le service de replay a dès lors été coupé pour les clients de la livebox, Orange réagit le 8 février en supprimant de ses descriptifs des chaînes les informations du groupe. Si cela n’a pas suffi, le 10 février dernier Orange déclare renoncer aux campagnes de publicité prévues sur les chaînes du groupe audiovisuel. En 2017, SFR avait déjà utilisé ces menaces à l’encontre de TF1, sans que cela ne fasse frémir Gilles Pélisson, PDG du groupe.

Vers une dernière danse ?

Si l’assignation lancée par TF1 à l’encontre d’Orange avait finalement aboutie cela aurait évoqué une perte de 20% d’audience en TV linéaire pour le groupe, soit autant de revenus publicitaires potentiels en moins !

De leur côté les clients box se sont rapidement agacés de devoir chercher un moyen de contourner le blocage au replay MyTF1. Qu’en aurait-il été si le flux TV avait été coupé, comme prévu ?

Orange a pris alors un gros risque en jouant au bras de fer avec le groupe de télévision ayant la plus grande part de marché : si les téléspectateurs ne pouvaient plus regarder leur émission favorite depuis leur box, sans doute auraient-ils tentés d’aller voir ailleurs.

En parallèle, Canal +, également concerné par les renégociations avec le groupe TF1, écrivit un nouveau refrain à cette confrontation en coupant, dans la nuit du 1er au 2 mars, le signal des chaines du groupe audiovisuel concurrent, que ce soit pour les clients TNTSat, ADSL et fibre.

Cette coupure inattendue a eu le don de donner des sueurs froides à Gilles Pélisson ... En effet, l’annnonce de cette déconnexion a inspiré Stéphane Richard, PDG d’Orange, qui bien que non désireux de « priver nos clients de TF1 », ne souhaitait pas que soit signé « un accord comportant une clause de rémunération pour des contenus disponibles gratuitement sur d’autres canaux ».

Le rythme repart ..?

Avant que cette guerre ne prenne davanatage d’ampleur, la dernière note semble avoir été jouée :

  • Après SFR et Bouygues Télécoms, un accord a finalement été trouvé avec Orange, offrant ainsi aux clients Livebox de nouveaux services premium.
  • Une semaine après l’avoir coupé, Canal + a accepté de réouvrir le signal des chaines du groupe TF1 pour ses clients TNTSat, suite aux demandes du CSA et de la ministre de la Culture.

Si la menace a pu être levée avec Orange, reste à s’entendre avec les groupes Canal + et Free, pas encore décidés à céder. Ainsi, les négociations ne sont pas terminées et pourraient encore nous offrir de nouveaux rebondissements dans les jours à venir.

Il reste alors encore du chemin à parcourir avant que le PDG de TF1 puisse, comme il le souhaite, « nouer des partenariats forts avec les distributeurs, afin de concevoir la télévision de demain ».

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