Mobility as a Service : une transformation enclenchée

Article paru le 17 août 2020 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Mobilité Transports

Concept en vogue, la mobilité servicielle, aussi connue sous le nom de Mobility as a Service, est sur toutes les lèvres. Rendu célèbre grâce à l’application finlandaise Whim, le MaaS ambitionne de révolutionner la manière de consommer la mobilité. Désormais, la mobilité s’envisage comme un service permettant d’aller d’un point A à un point B quels que soient les modes de transport utilisés. Les initiatives des acteurs du secteur des transports sont de plus en plus nombreuses. La dernière expérimentation en date ? MaaX (Mobiliy as an Experience). Avec cette application, Île-de-France Mobilités et la RATP prennent le tournant du MaaS et comptent bien placer l’usager au cœur de leurs préoccupations avec un service de mobilité intégré en Île-de-France. Ce nouveau modèle nécessite une adaptation rapide des acteurs afin d’offrir une expérience de mobilité complète, fluide et optimisée.

Plateformes MaaS, le renouveau de la mobilité, mais à quel prix ?

Le phénomène MaaS a vu le jour avec l’arrivée des nouvelles plateformes de mobilité numériques qui ont fait émerger de nouveaux marchés auto-organisés. Ces nouvelles plateformes fluidifient les échanges entre l’offre et la demande et agrègent les différentes offres de mobilité. Leur principal avantage ? Un coût faible et une utilisation simple pour l’usager ! En effet, à leur lancement, ces plateformes appliquent souvent des prix cassés pour augmenter leurs panels d’offreurs et de demandeurs grâce à des investissements élevés. Dans une course à la masse critique, cette stratégie a permis aux plateformes d’émerger et de proposer des services innovants regroupant des moyens de déplacement de plus en plus nombreux.

En démocratisant l’accès à la mobilité, les nouveaux acteurs numériques sont à l’origine d’une révolution urbaine mais celle-ci n’est pas sans limites. Il devient de plus en plus difficile pour elles d’offrir un avantage financier aux utilisateurs car une fois implémentées et suffisamment visibles, elles montent leur prix pour tenter d’atteindre leur seuil de rentabilité. Autre inconvénient, elles ne sont souvent pas à l’origine de l’offre de transport et n’occupent que le rôle d’intermédiaires. Elles sont donc dans l’obligation de s’associer aux acteurs historiques et aux nouveaux entrants qui permettent de bénéficier d’offres nouvelles. De plus, seules quelques plateformes MaaS réussiront à se démarquer, dans une logique de « Winner takes all ». En effet, plus il y a de transactions, plus elles sont attractives. L’objectif de ces plateformes est donc de grossir vite, en offrant un maximum de services, dans un milieu particulièrement concurrentiel où la croissance doit être exponentielle. La compétition est rude et les places sont chères ! Entre plateformes de mobilité et applications dites “MaaS”, les adhérences sont importantes mais le MaaS doit également faire face aux problématiques d’échange de données.

Un tournant à prendre pour les acteurs historiques

La multiplication des offres de mobilité et des acteurs les proposant (Autorité Organisatrice de la Mobilité, opérateur monopolistique local, taxis, vélos en libre-service…) pousse les acteurs du numérique à simplifier l’accès à l’offre de mobilité globale. Pour les acteurs historiques, cela signifie le risque de perdre le pouvoir ainsi que les revenus de la distribution de leurs offres. Ils vont donc devoir numériser une grande partie de leurs processus et concevoir une offre personnalisée et sans coutures. Sans prendre le tournant du MaaS, les acteurs traditionnels perdront des parts de marché. Pour faire face à ces nouvelles plateformes, ils vont devoir repenser leurs offres :

  • Simplifier le parcours d’achat à travers un point d’entrée unique. La nouvelle tendance ? « Less is more » : ils doivent limiter les points de contact et devenir un partenaire de la mobilité à la fois numérique et centralisé en offrant l’accès à l’ensemble des services disponibles et ce quel que soit l’opérateur
  • Fluidifier les échanges à travers des applications ergonomiques en travaillant l’UX. Les usagers sont de plus en plus attentifs et l’ergonomie peut faire la différence. Quid d’offrir l’intégration de la réalité virtuelle dans les nouvelles applications ?
  • Proposer plusieurs offres personnalisées. Afin de se différencier, il faut se rapprocher au maximum de l’usager et de ses préoccupations en lui offrant un service « sur-mesure »
  • Offrir des tarifs plus compétitifs et plus personnalisés (forfait, abonnement, pay as you go…). Avec une multitude de services de mobilité, les usagers sont de plus en plus « opportunistes » et souhaitent bénéficier des tarifs les plus bas !
  • Devenir, eux-mêmes, des acteurs de la mobilité multimodale et intégrer des offres concurrentes.

Les opérateurs de transport bénéficient toutefois d’un avantage de taille. Ils sont les seuls exploitants des infrastructures et bénéficient d’une expertise économique et juridique et d’un réseau de partenaires qui peuvent leur permettre d’affronter les nouveaux acteurs du MaaS.

La donnée, une matière première indispensable

Une chose est sûre, qu’il s’agisse des acteurs historiques ou des nouveaux entrants, le nerf de la guerre c’est la donnée ! Le concept de Mobility as a Service ne peut exister que si les données sont partagées par les différents acteurs. Comment un opérateur peut-il offrir une expérience de mobilité servicielle s’il n’a accès qu’à très peu de données ou que celles-ci ne couvrent pas l’exhaustivité des modes de déplacements offerts ?

L’open data apparaît comme un moyen de promouvoir l’innovation dans le secteur. Avec l’accès à cette multitude d’informations, chaque acteur de la mobilité est en mesure de créer de la valeur avec de nouveaux services et d’améliorer l’expérience client par la donnée. Parmi les nouveautés, les modèles prédictifs des usages de la mobilité mis en place à partir de l’agrégation et l’analyse des données mises à disposition.

Les données permettent aux applications MaaS de fournir une expérience personnalisée à leurs usagers à travers des systèmes de mobilité intégrés et multimodaux et la promotion des moyens de transport alternatifs, une aubaine pour les acteurs de l’électro-mobilité !
Les plateformes MaaS sont, à leur tour, créatrices de données. A partir des données collectées, il est possible d’améliorer les services de transport en optimisant les offres existantes (changement d’horaires de passage, création d’une ligne supplémentaire…).

L’avènement du MaaS est au cœur des enjeux de la mobilité de demain. Il implique la collaboration entre les acteurs historiques et les nouveaux entrants et interroge l’ensemble de leurs interactions. Elles passeront par la numérisation de leurs échanges et le partage de leurs expériences respectives dans les services de mobilité. L’enjeu sera dans la définition de ce partage de données grâce au législateur. En effet, pour se démarquer, les acteurs devront passer par les données et notamment l’open data afin de construire un effet plateforme sur le long terme en tirant profit des données ouvertes pour améliorer leurs services. La réussite des plateformes MaaS passera également par leur capacité à dialoguer avec les autres acteurs de la mobilité (régions, AOM…) et le législateur. C’est la capacité des acteurs à obtenir des données et à ouvrir les leurs qui va déterminer comment le secteur de la mobilité va s’organiser dans les mois à venir. Le législateur y joue un rôle important dans la mesure où il fixera le degré d’ouverture des données, et donc, en partie, ce que sera la position des acteurs dans le futur (acteurs historiques, GAFA, startups, AOM…).

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