Quel est l’impact environnemental et énergétique de nos systèmes d’information ?

Article paru le 15 juin 2018 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Énergie

Les technologies de communication et de l’information (TIC) entrainent de tels bouleversements dans nos sociétés, dans notre manière de travailler, de consommer, de vivre, que le système d’information qui y est associé, est défini et à présent reconnu par tous comme une révolution numérique, une transformation digitale, une nouvelle ère de l’information. Des mots forts qui sont révélateurs des impacts qu’ont et qu’auront ces nouveaux outils et usages développés sur notre vie : Big Data, Intelligence Artificielle, Blockchain, Deep Learning…

Les possibilités et les usages de ces nouveaux outils semble infinis, pourtant comme le disait Lavoisier, « rien ne se perd rien ne se crée, tout se transforme ». Pour chaque octet transitant d’un point A à un point B, une quantité d’énergie est débitée et mécaniquement une quantité de CO2 est rejetée.

Quel est l’impact environnemental du numérique ?

De nombreux acteurs (AIE, ADEME, CE, Enerdata, négaWatt, etc..) ont essayé de faire des estimations de l’impact du monde numérique au niveau planétaire, les estimations vont de 3 à 9% de la consommation mondiale d’électricité, et de 2% à 4% des émissions mondiales de CO2. A l’échelle nationale, le numérique représenterait 13% de notre consommation électrique.

La profusion de nouveaux services offerts par le numérique, l’ultra-connectivité, ainsi que la croissance exponentielle des données collectées viennent forcément alourdir le bilan.

Quelques exemples :

  • Un e-mail : Pour envoyer un mail, l’énergie nécessaire serait de 0.3 Wh et produirait 4 grammes de CO2 sans PJ et 19 grammes avec, ce chiffre à l’air négligeable mais quand on sait qu’en 2017 quotidiennement entre 224 et 269 milliards de mails sont envoyés. RTE donne ainsi comme consigne dans « Best Practice at work » de réduire la liste de diffusion de mail afin de « soulager un peu les data center ».
  • Une recherche Google : Chaque jour, quelques 5.5 milliards de requêtes Google sont faites, une recherche demanderait 0.3 Wh d’énergie et produirait 0.02g de CO2. Pour compenser son activité sur l’environnement Google a atteint 100% d’énergie renouvelable en 2017.
  • Une transaction de bitcoin : Le minage et l’échange du bitcoin au niveau mondial consommerait autant d’énergie qu’un pays comme l’Irlande en un an (30 TWh) où environ 215 kWh par transaction (proof of work), un paiement par bitcoin consommerait donc 4000 fois plus qu’un paiement classique par carte bancaire, confidentialité en plus.

Depuis le début des années 2000, le coût environnemental du secteur de l’IT questionne et des actions sont menées afin de réduire la facture énergétique. (PUE* en baisse pour les Data Center, mise en place d’un label éco-efficient pour les produits informatiques (energy star), le Green Computing, les GAFAM sont devenus producteurs d’énergies renouvelables, etc…).

Au-delà de la consommation énergétique, c’est l’approvisionnement en matières premières qui pose aussi question pour les nouvelles technologies : Cobalt, Nickel, Lithium… les terres rares en général sont un des moteurs de la révolution numérique et sont pour le moment irremplaçables mais présentant des réserves limitées.

Quel est l’apport environnemental du numérique ?

Les systèmes d’information ont systématiquement dynamité la productivité, l’innovation et la croissance. L’optimisation induit par les nouveaux outils du numérique permet d’économiser de l’énergie, du temps, de l’argent, etc...

Quelques études (The Climate Group, CE, ADEME, BT, etc…) ont estimé la proportion d’énergie non consommée grâce aux gains d’efficacité ainsi qu’aux émissions de CO2 non produites. Le monde numérique est devenu SMART dans tous les domaines : l’industrie, le transport, le bâtiment, la logistique, l’énergie, le commerce, la banque, etc… L’automatisation, les capteurs intelligents, la digitalisation, la dématérialisation, permettent des économies sans précédent et réduisent grandement l’impact de l’homme sur le climat. Ainsi, au niveau mondial, entre 2008 et 2020, le numérique aurait permis d’éviter jusqu’à 15% des émissions de CO2, pour un coût de 2 à 4% des émissions. A l’échelle de l’Union Européenne, cela serait encore plus spectaculaire, le numérique permettrait de réduire les émissions de 37% en 2030 par rapport à 2012.

Il ne faut pas se bercer d’illusions, l’activité de l’homme a toujours un impact sur son environnement, que ce soit dans le monde matériel ou celui numérique. Physiquement chaque action nécessite une consommation d’énergie et rejette du CO2, ceci au vu de nos moyens de production actuels.

Cette nouvelle ère permise grâce au système d’information nous offre des perspectives infinies et les gains possibles grâce aux nouveaux outils de la révolution numérique sont bien plus importants que leurs coûts, de 4 à 10 fois leurs propres empreintes, selon la Commission Européenne

Ceci dit, il convient de rester prudent à ce sujet, en reconnaissant que l’analyse entière du cycle de vie de ces nouveaux produits n’est, pour l’instant, qu’une estimation, pas totalement connue ni fiable surtout au niveau de leurs consommations en matières premières.

* Le Power Usage Effectiveness (PUE) est un indicateur qui mesure l’efficacité d’un data center, il est égale à l’Energie totale / énergie de l’IT, cela permet de savoir quelle part de l’électricité utilisée est réellement consommée par les serveurs.

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