Quelle offre d’information voyageurs pour Paris 2024 ?

Article paru le 27 décembre 2019 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Mobilité Transports

En vue des Jeux Olympiques de 2024 et d’un plan stratégique à long terme, la ville de Paris et l’ensemble des acteurs de la mobilité en Île-de-France ont décidé de s’allier pour refondre intégralement leur offre de transports. Un des aspects centraux de cette offre est l’information voyageurs, véritable vitrine de la qualité du service pour les utilisateurs.

Le concept d’information voyageurs augmentée (IVA) se définit concrètement comme un service d’information intelligent et innovant, pour proposer à chacun une expérience personnalisée de mobilité urbaine. Des écrans d’affichage en station aux applications mobiles, tous les acteurs du transport cherchent à générer le maximum d’information afin de guider les voyageurs lors de leurs déplacements. Un voyage réussi combine rapidité, confort et prix. Seulement, nous ne sommes pas tous pareils, et certains privilégient la rapidité au prix, d’autres le confort à la rapidité. Ou bien un jour la rapidité, un autre le confort.

Une conjoncture favorable

Selon l’Insee, avec un trafic en hausse de 10 % sur les cinq dernières années, ce sont aujourd’hui 4,7 milliards de voyages qui sont assurés en transports collectifs chaque année dans la région Île-de-France (70 % par la RATP et 30 % par la SNCF). Ces chiffres mettent en exergue les efforts logistiques réalisés au quotidien par les opérateurs de transport. En effet, pour être en mesure de proposer une information au plus proche du terrain, à la fois fiable et utile, les acteurs du transport francilien doivent être en mesure de récolter et traiter une masse de données conséquente et dynamique. L’information voyageurs dite « augmentée » tient cette masse de données au cœur de ses problématiques. Du côté voyageur, elle se présente sous la forme d’interfaces intégrant des fonctionnalités innovantes permettant de planifier au mieux ses trajets. Du côté des opérateurs de transport, ce sont des modèles d’analyse et de prédiction modernes et des interfaces améliorées de gestion des flux permettant d’optimiser leur offre. En utilisant l’Intelligence Artificielle, l’IVA soulève un double enjeu : gérer globalement le réseau de transports et proposer à l’utilisateur un accompagnement physique et digital optimal.

Reconnaissons que d’un point de vue stratégique, entre l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire prévue graduellement d’ici à 2040 et l’accueil des Jeux d’ici cinq ans, la période est particulièrement bienvenue pour créer la première réelle expérience voyageurs “de bout en bout”, en co-construction avec tous les acteurs de la mobilité. C’est effectivement le défi que s’est lancé l’ensemble des acteurs franciliens du secteur ces dernières années en faisant le choix d’un partenariat de R&D réunissant RATP, SNCF, Keolis, Transdev, des start-up du numérique ainsi que des administrations publiques comme l’UE, la région IDF, son autorité organisatrice des transports Île-de-France Mobilités (IDFM) ou encore des universités et des centres de recherche technologique (Institut SystemX, Université Lyon 1).

Séparée en deux projets distincts, Information Voyageur Augmentée (IVA) et Mobilité intégrée en Île-de-France (m2i), l’ambition est de révolutionner l’expérience voyageurs : une « condition sine qua non d’un bon service public de transport », pour citer Stéphane Beaudet, vice-président chargé des transports à la région. Ces projets représentent un budget prévisionnel de 15 millions d’euros et sont jalonnés sur quatre ans.

“m2i” développe une application qui propose des itinéraires agrégeant l’ensemble des offres de mobilité, du ferré au transport de surface, en passant par les VTC, les taxis, les Vélib ou encore les scooters et trottinettes en libre-service. À terme, la plateforme devrait inclure des informations relatives au confort comme le taux de remplissage des bus et servir à créer du contenu auxiliaire comme des guides citadins.
“IVA” fournit des outils d’analyse et de modélisation. Ces outils renseigneraient notamment sur l’état du réseau et sur le comportement des voyageurs face à l’information (simulations de foule, projection des flux lors d’un événement). À terme, IVA se dotera d’un assistant à la mobilité basé sur l’IA et fusionnerait vraisemblablement avec son homologue m2i.

Les opportunités se multiplient quand elles sont saisies

Les acteurs publics se sont donc bien rendus compte de la nécessité de partager une gouvernance commune, appuyée par des partenariats publics-privés (PPP), pour atteindre les objectifs en termes de digitalisation et d’écologie mais également pour répondre à une demande largement répandue. Dans une logique collaborative, le projet ViaNavigo Lab recueille en ce moment les tests terrain et les retours d’expérience de n’importe quel acteur « motivé et en mesure de proposer un dispositif faisable et concret ». IDFM évoque les entreprises, les start-up, les professionnels de la mobilité, les établissements d’enseignement supérieur ou encore les associations d’usagers. ViaNavigo se conçoit comme un pass unique qui agrègerait l’ensemble des offres de transports et de culture disponibles dans Paris et sa région. Pour Guillaume Cussac du Comité Olympique pour les Jeux de 2024, il s’agit d’une promesse de campagne à horizon 2024 et la vitrine du travail réalisé par l’ensemble des acteurs pendant ces cinq années de phase projet.

Transformer l’espace

Une expérience utilisateur réussie doit l’être tant sur le plan digital que physique. Sur ce deuxième aspect, 150 gares ferroviaires seront rénovées d’ici au début de la compétition. L’objectif sous-jacent de ces rénovations est de transformer ces gares en points d’intérêt, afin que le voyageur ne s’y rende plus uniquement pour prendre le train, à l’image des aéroports, mais également pour toute une gamme d’activités auxiliaires. De nombreux espaces de détente et de restauration seront prévus en gares et dans leurs alentours : IDFM procède par recueil d’offres, comme c’est le cas dans les gares SNCF, pour décider des restaurants et magasins qui occuperont ces locaux de demain. Le vélo n’est pas oublié non plus. Si les rues de Paris et de sa couronne sont en chantier constant, c’est également pour répondre à la promesse d’Anne Hidalgo, Maire de Paris, que 75 % des spectateurs puissent être à moins de 30 minutes à vélo des sites de la compétition, depuis le centre de Paris.

Pour Paris, le futur de sa mobilité se jouera ces cinq prochaines années. Bien que le budget de Paris 2024 (trois milliards d’euros) dépasse largement celui des projets portés par IDFM, l’accueil des Jeux se présente aux acteurs du transport comme une opportunité sérieuse de se coordonner pour relever leur niveau de services. L’opportunité a aujourd’hui été saisie mais la largeur du périmètre et le degré de collaboration à atteindre entre les parties prenantes pour mener à bien ces chantiers seront des challenges majeurs. Une chose est sûre, si toutes les promesses relatives à Paris 2024 sont tenues, la ville n’aura pas assez de médailles pour récompenser tout le monde.

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