Quelles perspectives pour la transformation numérique de l’Etat ?

Article paru le 11 novembre 2018 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Secteur Public

Lancé en Octobre 2018, le programme « Action publique 2022 » s’inscrit dans la continuité de la transformation numérique de l’Etat. Ce programme se fixe trois objectifs : améliorer la qualité des services publics, à travers notamment la numérisation des procédures administratives, et offrir un environnement de travail modernisé, par une implication dans la définition et le suivi des transformations. L’Etat espère enfin obtenir une baisse des dépenses publiques de l’ordre de 3% du PIB en 2022, suite à cette transformation. Un autre objectif ambitieux est par ailleurs annoncé par le gouvernement : dématérialiser 100% des services publics d’ici 2022.

Des précédents qui peuvent laisser perplexe

Si “Action publique 2022” reste le programme le plus important financièrement en matière de transformation numérique (700 millions d’euros), il fait suite à de multiples initiatives lancées par l’Etat et ses organismes.
En effet, dès 2011, les projets de transformation numérique de l’Etat sont gérés par la Direction Interministérielle du Numérique, du Système d’Information et de la Communication de l’État (DINSIC). Son directeur, Henri Verdier, identifie trois enjeux que la DINSIC[1] se doit de surmonter : sécuriser les nouveaux projets, en contrôlant le lancement des projets d’un budget supérieur à 9 millions d’euros et en travaillant la re-conception des stratégies profondes ; le faire dans un cadre stratégique renouvelé ; et réussir une transformation culturelle (par l’introduction des méthodes Agile notamment).
On peut illustrer ces enjeux par deux chiffres : aujourd’hui, les projets dépassent en effet de 30% le planning prévisionnel ; ils ont également un dépassement budgétaire moyen de 26 %[2].
Au-delà des chiffres, ce sont aussi les faits d’actualité qui ont tendance à davantage marquer l’esprit du contribuable[3]. Parmi ces grands projets informatiques, on peut notamment citer les dysfonctionnements conséquents au déploiement du logiciel Louvois, le logiciel d’unification du calcul de la rémunération des militaires français, le dépassement budgétaire du projet SIRHEN, système d’information unifié de gestion des ressources humaines de l’Education Nationale (de 60 millions d’euros en 2008, le coût est évalué à 495,5 millions d’euros), ou encore le projet PNIJ (Plateforme Nationale des Interceptions Judiciaires), dont le budget était fixé à 17 millions d’euros en 2007, et atteint désormais 151,4 millions d’euros.

Un changement culturel et humain avant tout

La transformation numérique et l’Etat peuvent être deux notions qui se confrontent. Alors que la première se caractérise par une décentralisation et, une proximité avec l’usager, l’Etat hérite d’une tradition jacobine, avec une gestion centralisée et hiérarchisée des projets. Dans ce contexte, la DINSIC met en place une révolution culturelle en encourageant la diffusion des méthodes Agile.
Ce changement culturel est notamment marqué par l’introduction des « start-up d’Etat ». Au nombre de 15, et rattachées au SGMAP (Secrétariat Général pour la Modernisation de l’Action Publique), celles-ci sont chargées de développer des applications en mode Agile. Ce sont notamment elles qui ont été chargées de développer les applications “Marché Public simplifié” (elle propose aux entreprises de postuler à des marchés publics sans avoir à fournir de pièces justificatives) ou encore “Mes-aides.gouv.fr” (outil de simulation indiquant à l’usager les prestations sociales auxquelles il a droit, ainsi que leur montant)[4].
Ces équipes sont pluridisciplinaires et resserrées. Un autre principe clé de ces start-up d’Etat est qu’elles testent l’application aux côtés des usagers ; elles se sont ainsi déplacées dans les centres sociaux parisiens pour tester l’application Mes-aides.

Des retombées économiques amplifiées par l’emploi de l’open-source

Ces changements introduits au moment de la phase de conception des projets ont permis de grands succès, et même de sauver certains projets menacés d’arrêt (exemple avec le programme de l’Education Nationale de rénovation de la gestion des moyens et des personnels du ministère SIRHEN relancé grâce aux méthodes Agiles).
Ces succès sont d’autant plus retentissants qu’ils constitueront pour certain un « bien commun » par la suite. Certains codes et données de l’Etat sont ainsi mis à disposition du grand public, pour ensuite être réutilisés dans de nouvelles applications. C’est la définition même du « principe de multitude » défini par Henri Verdier dans L’âge de la multitude[5]. Ce principe est à la base de « l’Etat-plateforme » que les pouvoirs publics souhaitent mettre en place.
Dans le cadre de cet Etat-plateforme, les pouvoirs publics se sont dotés d’une stratégie complète d’open data : transparence, open data social (data.gouv.fr notamment), ouverture des modèles de décision (illustré par le projet OpenFisca), concertation, contribution et création de biens communs informationnels (projet Base Adresse Nationale, uniformisation des adresses du territoire français).
Un organisme est par ailleurs tenu d’encourager l’ouverture des données de l’Etat. Il s’agit d’Etatlab. Celui-ci doit renforcer la visibilité de ces données ouvertes, et encourager leur utilisation innovante par les réutilisateurs.


[1] Soft Power, France culture : Le numérique de l’Etat
[2] Panorama des grands projets SI de l’Etat
[3] Logiciels de l’Etat : du mieux, mais des héritage encombrants
[4] L’Etat en mode startup
[5] Macron et le numérique : vers l’Etat plateforme

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