STOP au gaspillage numérique

Article paru le 3 juin 2020 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Innovation Stratégie digitale

293 milliards de mails sont envoyés chaque jour dans le monde. 80% d’entre eux ne sont jamais ouverts. Nos mails sont représentatifs de nos travers de consommation : alimentation, plastique, numérique... nous consommons sans modération. Seulement l’histoire nous fait dire qu’il est temps de tirer les leçons des conséquences de notre surconsommation. La conscience collective s’élève enfin contre le plastique, n’est-ce pas aussi le moment de s’intéresser au gaspillage numérique ?

Trier sa boite mail, c’est contribuer à sauver notre planète

La majorité des internautes pourraient se sentir concernés par ce sujet et pour cause : on compte environ 68 millions de boites mails utilisées régulièrement en France. Les internautes reçoivent en moyenne 39 mails par jour.

Saviez-vous qu’unmail produit environ 10g de CO2 ? Cela signifie qu’à l’échelle d’une entreprise, les chiffres peuvent vite devenir alarmants. Selon l’ADEME, avec 100 employés, une entreprise crée environ 13,6 tonnes d’équivalent CO2, soit 14 allers-retours Paris/New York… Le problème lié aux mails, c’est la consommation d’énergie que les datacenters utilisent pour les stocker. Invisibles aux yeux de tous car situés dans des zones reculées, les datacenters représentaient environ 3% de la consommation d’énergie mondiale en 2017. Ces datacenters se développent rapidement partout dans le monde, au fur et à mesure que la demande en stockage s’accroît.

Seulement, nombreuses sont les personnes dont les messageries débordent de mails non lus ou qui sont tout simplement oubliés, sans même avoir conscience qu’elles polluent la planète. 1 milliard d’emails supprimés correspond à la suppression de 10 000 tonnes de CO2 émis, soit le bilan carbone d’1 milliard de sacs plastiques. Avec des gestes simples de tri et suppression de messages inutiles, tout le monde serait gagnant : moins de messageries qui débordent, moins d’espace utilisé, moins d’énergie consommée. Au vue des enjeux environnementaux, pourquoi si peu de gens y sont sensibilisés ?

Internet, ce temple du gaspillage et symbole d’une irresponsabilité collective

La faute se doit néanmoins d’être partagée : individuellement, nous avons un rôle important à jouer, mais collectivement encore plus. Quel volume de données les entreprises stockent sans les utiliser ? Combien de pages, de vidéos sont sur le net sans être encore d’actualité et consultées ?

Internet est un désert sous développé : 75% des personnes ne vont jamais après la première page des moteurs de recherche, il existe 4,2 milliards de pages avec seulement 15% réellement actives et consultées. A contrario, le nombre de datacenters croît de manière exponentielle, nous stockons à l’infini et les contenus s’empilent, nécessitant toujours plus d’espace. Finalement, nous agissons avec le numérique de la même manière qu’avec le plastique il y a plus de 20 ans, en consommant sans limite. Va-t-il nous falloir créer des continents de datacenters, comme il existe des continents de plastiques dans les océans, pour que les consciences s’éveillent ?

Sensibiliser et encadrer : le début d’un long chemin de croisière

L’urgence climatique ne nous permet plus d’attendre encore 20 ans pour prendre les mesures nécessaires à une consommation raisonnable du numérique. Individuellement, trier ses documents, privilégier les espaces de stockage externe plutôt que le cloud, adopter les bons outils de communication, utiliser des moteurs de recherche “durables”, fermer ses multiples onglets dans son moteur de recherche, sont autant d’actions réalisables facilement. Collectivement, les entreprises peuvent avoir une gestion plus raisonnée et affinée de leur archives numériques, mettre en place des règles de suppression automatique de mails et documents, imposer à leurs employés des espaces de stockage restreints pour les inciter à trier régulièrement.

Cependant, si l’on veut maximiser l’impact, il est nécessaire de sensibiliser mieux les entreprises et les individus, de réglementer mieux la gestion de la donnée au même titre qu’il y a des années, on l’a fait sur les déchets et le recyclage. Imposer sans expliquer serait contre-productif. Un document papier est archivé puis détruit quand il n’est plus jugé utile, pourquoi ne pas appliquer la même chose aux informations numériques ?

Finalement, malgré les problèmes que nous rencontrons avec le gaspillage de nos ressources au quotidien, nous n’avons toujours pas pris la mesure du changement qu’il va nous falloir opérer. D’ici 2037, si nous ne changeons rien, le numérique consommera plus d’énergie que le monde ne pourra en produire. Le nouveau challenge des nouvelles technologies semble non plus se tourner vers des performances toujours plus incroyables, mais plutôt vers leur capacités à s’auto alimenter, à tendre vers un impact environnemental proche de zéro et à accompagner leurs utilisateurs dans de meilleures pratiques. Cependant, les individus ont-ils vraiment la volonté de changer ?

Charlotte Grivot

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