Tous chez soi : Le monde des médias entre bouleversements et opportunités

Article paru le 17 juin 2020 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Médias et télécoms

Dans cette crise, les médias doivent faire face à un paradoxe. Ils sont un maillon essentiel, en première ligne pour tenir informé l’ensemble de la population des dernières évolutions que subit le pays. La consommation de médias en ligne atteint des records. Cependant, dans le même moment, les incertitudes sont nombreuses : assèchement des investissements, annulation des campagnes…

La presse écrite est la première victime du confinement. Comme l’a précisé le Figaro « les ventes de quotidiens en kiosque ont baissé de 24% le lundi 16 et de 31% le mardi 17 mars ». Même son de cloche pour Le Monde, qui titrait « La presse écrite navigue à vue » le 27 mars. Face à cette situation, les directions des journaux ont dû s’adapter en étoffant leur offre numérique. Résultat, le nombre de visites sur les offres d’informations numériques a progressé de 111% lors de la première semaine de confinement (Source ACPM). Selon BDM media, le nombre de souscription d’abonnement numérique a presque doublé au cours du mois de Mars.

Mais cela risque d’être insuffisant. Dans un marché déjà hyper concurrentiel, certaines enseignes risquent d’être cédées ou même pire, de disparaître. Est-ce le moment d’un grand changement ? d’un bouleversement ? Le paradoxe aujourd’hui pour ces entreprises est qu’en ayant plus d’audience, les entrées financières sont moindres. Pourquoi ? Simplement parce que le seul sujet traité est le COVID-19. De ce fait très peu sont les marques acceptant d’associer leur image à ce sujet, expliquant la faible monétisation que peuvent générer les articles. Ainsi, cela a poussé les acteurs du secteur à rouvrir le débat autour du « business model » de la presse écrite.

Vous vous en doutez certainement, mais dans tout ce brouillard, le digital se fraye un chemin. Le World Economic Forum prend l’exemple de la Chine. Au cours de ces deux derniers mois plusieurs tendances se distinguent. On observe par exemple un redéploiement des budgets TV et/ou presse écrite au profit des budgets online. À noter également une augmentation de la consommation des applications de divertissements et des jeux mobiles. Comme déjà évoqué auparavant, ce confinement est synonyme d’ascension des médias en ligne. Le Figaro et le Parisien voient ainsi leur audience être multipliée par deux ou trois, et jusqu’à 5 pour le nombre de nouveaux abonnés, selon le Journal du Net.

Le grand gagnant en cette période, et de loin, reste la télévision. En témoigne par exemple l’allocution du 12 mars de notre président : en pleine crise, elle a été suivie par 24,8 millions de téléspectateurs d’après Téléobs. Historique pour une allocution présidentielle.

Cette tendance se confirme : depuis le début de la pandémie, les chaines de télévision voient leur taux d’audience exploser. Le 30 mars, Médiamétrie révélait que les chaines d’information en continu tels que LCI et BFMTV réalisaient le meilleur mois de leur histoire. Même trajectoire au Royaume-Uni, où la BBC a annoncé une augmentation de 10% de son audience lors de la deuxième quinzaine de mars. Mais pouvait-il en être autrement ? D’après une étude de Kantar, les télévisions sont considérées comme le média le plus sûr. En France, l’étude confirme cette thèse plaçant les journaux télévisés en tête (33%) parmi l’ensemble des sources d’informations. Avec un besoin profond d’être tenu au courant des dernières évolutions, chaque habitant a le réflexe d’allumer sa télévision sur les chaînes d’information. Cette dernière réaffirme ainsi son statut dans un secteur en plein bouleversement.

Mais comme il est coutume en cette période, une bonne nouvelle est souvent accompagnée d’une moins bonne. Vivant essentiellement de la publicité, les chaines gratuites risquent d’être confrontées à des difficultés. Libération l’a rappelé, citant TF1, et expliquant que le numéro un français sera condamné à revoir ses objectifs à la baisse à la vue de l’annulation en masse des campagnes publicitaires. Les Echos soulignent cette tendance « la publicité à la télévision risque de chuter de 50% à 80% d’ici avril ». Aïe.

Gustave Flaubert déclarait « Il faut savoir profiter du vent arrière tant qu’il souffle dans la voile ». Tous ces bouleversements doivent pousser les médias à remettre en cause leur modèle économique et leurs stratégies, pour essayer d’en tirer des bénéfices.

Le Figaro l’a bien compris, déclarant « la crise actuelle représente une opportunité, celle de refonder la confiance des gens dans les médias ». Exit les fake news des réseaux sociaux, l’heure n’est plus à la course aux scoops. Cette crise sanitaire, sociologique et économique redonne sa valeur propre au journalisme et invite les médias traditionnels à saisir les opportunités qui se présentent. Avec un seul et même mot d’ordre pour le moment : « Restez chez vous ».

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