Vers un secteur médical connecté ? Sylvain Hanneton, Enseignant-chercheur, nous présente les perspectives de l’IoT dans ce domaine.

Article paru le 23 octobre 2017 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : e-Santé Objets connectés - IOT

L’objet connecté dans le protocole clinique

Aujourd’hui, selon une étude d’Opinionway, plus d’un français sur deux possède au moins un objet connecté. Et toutes les minutes, un instant « connecté » est vécu de manière plus ou moins proactive.
En effet, l’internet des objets fait déjà partie, sans que souvent l’on s’en rende compte, de notre vie quotidienne. Le suivi des colis en est l’illustration : commander un article en ligne implique un suivi de l’objet au cours de chaque étape du circuit de livraison.
D’une manière générale, les objets connectés permettent de réduire l’effort et de faciliter le quotidien des utilisateurs. Dans le domaine de la recherche clinique, l’adoption de nouvelles technologies et des objets connectés facilite, par exemple, le développement de protocoles cliniques à destination de patients non-communicants, en leur permettant de retrouver une autonomie.
C’est ce qu’explique Sylvain Hanneton, « Les nouvelles technologies sont utilisées actuellement de manière intensive dans les protocoles de recherche clinique, notamment ceux concernant les personnes en situation temporaire ou non de handicap. Interfaces et objets connectés participent à la quantification du comportement. »
En France, des laboratoires et des établissements de santé possèdent déjà des plateformes expérimentales dédiées à la capture du mouvement et à l’enregistrement de signaux associés ; c’est notamment le cas de la plate-forme sensorimotricité de l’Université Paris Descartes. Ces outils de haute technologie sont présents dans les études cliniques et permettent également le suivi à long terme de patients dans leur vie quotidienne, par exemple pour leur sécurité. Sylvain Hanneton poursuit : « pour y parvenir, les fondamentalistes et cliniciens élaborent les protocoles expérimentaux et choisissent les outils d’évaluation. Les ingénieurs et techniciens conçoivent les moyens de mesure, assurent leur fonctionnement et construisent des outils adaptés à l’analyse des données souvent très complexes.”

Une autonomie questionnée

Parmi ces dispositifs, il existe ceux permettant d’obtenir des données physiologiques et motrices tels que la montre connectée. Sur le long terme, ces outils présentent l’avantage de pouvoir suivre les patients à distance mais pour Sylvain Hanneton, « nous ne sommes qu’au début de cette révolution car la plupart des objets connectés actuels ne sont pas réellement autonomes et capables de prise de décision ». Les enjeux se situent maintenant dans le développement d’objets dont l’autonomie est telle que les patients ou les personnels de santé n’auront quasiment plus à s’en préoccuper. Ces objets autonomes, présents mais « transparents » seront alors quasiment « oubliés » par les utilisateurs. Cette prochaine étape impliquera des réfléxions poussées en terme de sécurité et d’éthique, Sylvain Hanneton en est bien conscient, « Il est évident que ce développement posera des problèmes multiples liés à la sécurité (intrusion et hacking) et aux aspects psychologiques du contrôle du soi (quantified-self) ».

Une révolution à accompagner

Cette révolution de l’Internet des Objets a profondément modifié nos modes de vie actuels. Mais si aujourd’hui les objets connectés restent essentiellement des interfaces de mesure, et bien que certains soient avancés en termes de fonctionnalités et d’usage, ils ne sont pas en mesure de prendre des décisions affectant la vie de la personne. Le chercheur relativise : « on peut s’attendre à l’émergence d’une nouvelle génération d’objets connectés dont la fonction sera justement d’influer sur la vie quotidienne. D’autres problèmes éthiques, économiques et politiques vont apparaître. Pour illustrer ce point je prendrais l’exemple des voitures autonomes qui font et feront partie de l’internet des objets. La voiture autonome est un exemple d’objet susceptible de prendre des décisions ayant un impact énorme sur la vie des personnes embarquées et des usagers de la route. »
En 2020 en France, l’objet connecté devrait enregistrer un chiffre d’affaires de 15,2 milliards d’euros selon l’Institut Montaigne et le cabinet de conseil américain A.T. Kearney. Le domaine de la santé pourrait devenir l’un des secteurs moteur en France dans la généralisation de l’IoT et de l’intelligence artificielle : l’accompagnement au changement, la sécurité et l’éthique seront déterminants dans l’acceptation par l’homme de ces nouveaux modes de fonctionnement.

Kahina Hocini

Sources :

http://www.servicesmobiles.fr/progression-de-l-iot-france-36155/
http://www.biomedicale.parisdescartes.fr/pf-sensorimotricite/

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