SVoD : Comprendre la nouvelle chronologie des médias

Article paru le 5 août 2020 | Partager sur les réseaux sociaux

Classé dans : Newsletter Médias et télécoms

Introduction

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi, après leur exploitation au cinéma, les films n’étaient pas directement mis à disposition sur les plateformes de streaming ?

La réponse réside dans un dispositif de diffusion bien particulier : la chronologie des médias.

D’après le Sénat, cette dernière est « un modèle d’exploitation des œuvres par les diffuseurs selon un calendrier correspondant au niveau d’investissement de chacun dans la création desdites œuvres, chaque fenêtre de commercialisation disposant d’une durée d’exclusivité garantie, soit par la loi soit par accord professionnel étendu par arrêté. » En d’autres termes, il s’agit d’un dispositif permettant d’organiser la diffusion des films une fois leur projection dans les cinémas terminée.

1. L’essor du dispositif

Dans les années 60 à 70, la télévision fait son apparition, constituant une évolution majeure dans les foyers français. C’est à ce moment précis que surgit la première baisse de fréquentation des cinémas et le petit écran devient alors une menace concurrentielle de taille.

C’est dans ce contexte que l’idée d’une chronologie des médias apparaît. L’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française) et les productions cinématographiques mettent ainsi en place un accord implicite, interdisant la diffusion d’un film à la télévision avant un délai de cinq ans suivant sa sortie au cinéma.

Il faudra attendre les années 80 pour que l’arrangement soit officialisé par un arrêté ministériel, une loi et son décret d’application. Dans le but d’optimiser la rentabilité des films, des délais de diffusion entre chaque plateforme sont alors calculés.

En parallèle et pour garantir la fréquentation des salles de cinéma en France, un décret de 1990 interdit aux chaines télévisées de diffuser des films à certaines heures, sauf exceptions.

Au fil des innovations technologiques et de l’émergence de nouvelles plateformes, plusieurs mises à jour de ces mesures seront actées.

À la suite de l’arrivée du piratage et des services de vidéos sur abonnement (SVoD), un nouvel accord est défini en 2018. Celui-ci prévoit de raccourcir les délais de diffusion, et ce, pour tous les supports.

2. Le cas Disney+

Le 7 Avril 2020, la Walt Disney Company a lancé sa plateforme de streaming Disney+.

Le groupe promet à ses abonnés « Les meilleures histoires au monde, au même endroit », à travers un catalogue bien fourni comprenant ses grands classiques y compris Marvel, Star Wars, Pixar et National Geographic.

Cependant, en plus de devoir récupérer les droits de diffusion de ses propres films auprès des chaînes qui les ont précédemment acquis, le groupe ne pourra pas compter sur ses productions les plus récentes telles que le Roi Lion ou bien la Reine des Neiges II, en vue de la chronologie des médias. La société de production sera dans l’obligation de patienter 36 mois, cette attente ayant une conséquence directe sur le catalogue.

De plus, malgré un succès évident de la plateforme à l’étranger, il est encore impossible de déterminer la place que va occuper Disney+ dans l’hexagone, en vue de son système de diffusion. Ce dernier pourrait avoir de lourdes conséquences sur les chiffres, l’entreprise visant entre 60 et 90 millions d’abonnés d’ici fin 2024.

Pour contrer ces problématiques et en vue d’attirer de nouveaux spectateurs, la Walt Disney Company promet de nouveaux programmes exclusifs et prévoit, en ce sens, de dépenser plus d’un milliard de dollars sur la première année.

En France, le groupe a également noué un accord de distribution exclusif avec Canal+. Un partenariat bien réfléchi puisque la chaîne, bénéficiant d’un délai de 8 mois sur sa fenêtre de diffusion, propose d’ores et déjà des films Disney en exclusivité.

Finalement, Disney+ devra faire face à de nombreuses problématiques découlant de la chronologie des médias. Malgré tout, la plateforme devrait rebondir puisque Digital TV Research prévoit à la plateforme plus de 101 millions d’abonnés en 2025.

Conclusion

En France, la chronologie des médias organise considérablement l’industrie cinématographique et reste, pour beaucoup, inadaptée au marché actuel.

Les plateformes de SVoD souffrent des délais de diffusion et déplorent un favoritisme vis-à-vis de la télévision. L’analyse de sortie du géant américain, Disney+, nous permet de visualiser les conséquences d’un tel mécanisme.

Le public estime que le système actuel incite au recours du piratage des œuvres, même on constate une baisse de ces pratiques depuis 2019.

Il est certain que de nouvelles mises à jour apparaîtront dans les années à venir, ce marché étant en perpétuelle évolution.

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